poetry

LE TEMPS DE L’HOMME

La particule cosmique qui navigue en mon sang

Est un monde infini de forces sidérales.

Elle vint à moi au bout d’un long chemin de millénaires

Par les pieds de l’air, et je fus peut-être sable.

Ensuite je fus le bois.

Racine désespérée

Plongée dans le silence d’un désert sans eau.

Puis je fus coquillage, ailleurs, je ne sais où

Et la mer me donna sa première parole.

Ensuite la forme humaine déploya sur le monde

L’universel drapeau de muscles et de larmes,

Et le blasphème grandit sur cette vieille terre,

Le safran, le tilleul, la copia, la prière.

Je vins alors en Amérique pour naître homme.

Pampa, mont et forêt, tout ne fit qu’un en moi,

L’aïeul de la plaine galopa jusqu’à mon berceau,

L’autre me dit des contes dans sa flûte de roseau

Je n’étudie les choses, ni ne veux les entendre,

Mais je les reconnais pour y avoir vécu ;

Je parle avec les feuilles au milieu des forêts,

Et reçois les messages des racines secrètes.

Et je vais par le monde, au hasard et sauvage,

Gardé par un cosmos qui chemine avec moi.

J’aime la lumière, le fleuve, le silence et l’étoile,

Et fleuris en guitares d’avoir été le bois.

Atahualpa YUPANQUI

Collage fait par moi 🔥
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Perdre sa vie à la guérir

J’étais une petite fille parfaite, programmée à faire “ce qu’il faut”. Mon désir viscéral de faire consensus, de faire plaisir aux autres, de ne jamais faire “de vague” m’a probablement fait perdre tout le long de mon enfance et mon adolescence et ma vie d’adulte, mon authenticité, ma vérité, ma flamme. Je devais rentrer dans les rangs…faire des efforts, faire des études. Comme beaucoup de filles et de garçons….

Je me suis donc vue, comme tant d’autres, après 5, 10, 15 années d’analyse et de travail sur moi, être toujours et plus que jamais dans une réflexion intense, profonde, faites d’une multitude de questionnements et d’interrogations. Et après tant d’efforts et de travail, je me dis que tout cela ne sert a rien, tout cela ne changera rien….

Je dois reconnaître que ce qui parle là, ce n’est qu’une partie de moi, celle qui ne veut pas opérer les transformations nécessaires pour évoluer.

Pourquoi? Parce que simplement ça fait très peur.

Parce que notre ego nous maintient toujours dans la dissection du passé, dans un même récit répétitif bien confortable. Je le vois souvent avec mes amies, mes patients et aussi moi même ….Je répète toujours les mêmes choses. Les mêmes histoires. Elles prononcent toujours les mêmes mots (mes amies). Elle me parlent de leur mère souvent. De leurs efforts toujours. De leur vulnérabilité très peu.

Pour changer, il faut abandonner l’idée même de changer. Pour se transformer, il faut laisser tomber cette soif d’être comprise ou même entendue. C’est comme chercher pour trouver. Non, on ne cherche pas. On laisse venir, on s’abandonne, on accepte, on fait la paix et éventuellement on change….

Une fois que ce centrage est fait, que je quête pour moi et non pour les autres (qui n’avaient rien demandé) les horizons peuvent enfin s’ouvrir.

Et ce n’est pas facile. Je sais. C’est même la chose la plus difficile qui nous est donnée a faire dans cette vie incarnée…

Comme disent les bouddhistes :
“le problème c’est que tu penses que tu as le temps”.

Il nous faut de la vulnérabilité et de la force en même temps et aussi notre capacité à nous montrer tel.le que nous sommes (sans savoir ce que l’autre va dire). Sans jugement. Ni de nous. Ni des autres. Il faut vraiment du courage pour le faire. Vous saviez vous que le mot courage vient du mot cœur?

Quant à moi, je me suis rendue compte très tard que j’avais une mission dans la vie : je suis ce qu’on appelle parfois “Line breakers”. Ce sont des personnes qui rompent la mythologie familiale – surtout celles qui sont névrotiques et dysfonctionnelles. Mais toutes les familles reposent sur une mythologie : on a des valeurs comme la générosité, l’honnêteté, le travail, la charité, l’entraide… Inconsciemment, de génération en génération, on se repasse le mythe fondateur. “Chez nous on fait comme ca.” Ou bien, “chez nous on ne fait pas ca!” Ca ne se fait pas…. !

Se mettre devant le nœud des noeuds : créer son propre présent. Se nettoyer de toutes nos loyautés empoisonnées. Travailler sur moi-même. Briser (parfois) (souvent) la loi du silence imposée par un patriarche (souvent un mâle dominant tyrannique). Trouver son énergie créatrice. Apprendre à se centrer, à entendre sa propre petite voix, notamment dans les rêves et dans les voyages chamaniques. Voilà ce que je veux faire maintenant pour moi plus que jamais et pour toujours.

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Stress ou Traumatisme?

Le stress est un processus biologique. Il est engagé par tout ce qui anime un être vivant : événements « psychiques » ou événements « somatiques périphériques (blessure, brûlure, infection, …) ou internes (inflammation, épilepsie, AVC, infarctus, pulsion ?, …)». Sa réponse utilise quatre grands systèmes : nerveux central et autonome, neuroendocrinien, immunitaire. L’objectif premier de ce processus est l’adaptation (« au service de l’instinct de vie » de Freud). Ses moyens se situent dans l’organisation biologique existante, qui peut-être plus ou moins indemne et même déjà dérégulée (comme dans le cas de stress précoces) et de conditionnements.

•  Le traumatisme est un fait de mémoire. Il traduit une persistance de l’effet du stress, qui a été « trop » intense, durable, rapide,… pour un organisme et un psychisme donnés, dans des conditions données. Il peut rester extérieur à la mémoire langagière (narrative), même s’il est réactualisé par un signal ou une représentation. •  Le traumatisme psychique se produit après-coup, c’est à dire en dehors de la période d’urgence biologique. Par exemple, lorsque les soldats sortent du front, ou comme le relate Sivadon, plusieurs semaines après le retour des camps, lorsque la vie pourrait redevenir normale. Précisément, c’est ce retour à la normale et dans le « monde normal » qui est impossible et qui signe le traumatisme. Plusieurs mécanismes psychiques se produisent entre le stress et le traumatisme : d’une part, les mécanismes de défense permettent au sujet de remettre à plus tard l’appréciation psychique de l’événement pour se consacrer à la défense de ses activités vitales ; d’autre part, le traumatisme entraîne une réévaluation du rapport à la réalité qui va elle-même retentir sur ses modalités et ses investissements. Une autre particularité est à souligner : la scène traumatique, mémorisée de façon intense et nette, va rester fonctionnelle en dépit du temps et des tentatives d’évitement. Cette immobilisation va entraîner des effets de renforcement. Mais il y a également l’impossibilité (le refus ?) d’intégrer dans l’ordinaire une situation hors du commun des mortels.

Dr Jean-Michel THURIN. Psychiatre-Psychanalyste (Paris). 

life

Le transgénérationnel

Chaque être humain appartient à une lignée familiale. Les ascendants transmettent un héritage à leurs descendants. Cet héritage contient le patrimoine génétique mais peut également contenir des traumatismes. Celui-ci qu’il soit visible ou non, a un impact sur celui qui le reçoit. Tout le monde peut donc être concerné par la transmission transgénérationnelle des traumatismes. Le sujet du traumatisme transgénérationnel n’est pas récent, il est étudié depuis plusieurs décennies. Après la Seconde Guerre Mondiale, des travaux de recherche ont été effectués sur les générations descendantes des survivants de l’Holocauste. Ces travaux ont ainsi démontré une corrélation entre le traumatisme vécu par les ascendants et l’état de santé psychologique et physique des descendants.

Des générations ont été marquées par la guerre et ses atrocités. Des enfants nés pendant la guerre, mais ayant grandi à l’après-guerre, ont développé des séquelles. De nombreuses études ont mis en évidence que les traumatismes vécus par les parents influencent le comportement de leurs descendants. Il faut cependant préciser que les descendants ne vont pas fatalement manifester les mêmes troubles que leurs ascendants mais peuvent développer de l’anxiété, du stress, des phobies, des troubles du comportement, des troubles de l’attachement, des maladies psychosomatiques…

Ainsi je retiens qu’il y aurait une répercussion sur les générations suivantes. Se questionner sur le sujet de la transmission transgénérationnelle des traumatismes, m’est donc apparu indispensable. J’ai donc émis plusieurs hypothèses sur les moyens de transmissions : d’un point de vue de l’épigénétique, l’environnement joue t-il un rôle ? La transmission peut-elle s’effectuer par des réactions de stress ? Le traumatisme se transmet-il par la narration du « souvenir » ou au contraire à travers des secrets de famille ?

Toutes ces questions m’ont amené à la problématique suivante : par quels moyens, le traumatisme peut-il se transmettre aux générations suivantes ?

Dans cette revue de littérature, après un rappel sur plusieurs notions essentielles telles que le traumatisme, la transmission et le transgénérationnel, nous identifierons les différents mécanismes pouvant intervenir dans la transmission transgénérationnelle des traumatismes.

Contexte et justification de la question

Dans le cadre de mon travail d’infirmière dans différents services de psychiatrie, accompagnée d’un psychiatre, nous avons reçu des patients (adultes et enfants) présentant des symptômes divers et variés dont certains pouvaient évoquer des manifestations que l’on peut retrouver suite à un traumatisme.

Lors des premières consultations (anamnèse infirmière, consultation médicale en binôme psychiatre / infirmière), et en nous intéressant au cercle familial, certains patients nous ont fait part de l’existence de traumatismes chez leurs ascendants. Ainsi, nous avons pu, dans certains cas, mettre en corrélation les symptômes présents chez ces patients avec les traumatismes vécus par leurs ascendants. Sans la connaissance de ces traumas, nous n’aurions sans doute pas pu établir de lien entre ces traumatismes et la symptomatologie présentée par les patients.

En effet, pour différentes raisons, les traumatismes sont souvent passés sous silence.

Ces différentes expériences m’ont permis de constater que le traumatisme affecte non seulement la personne traumatisée mais également l’entourage proche. C’est pourquoi, souvent les enfants subissent les maux de leurs parents. Un traumatisme non résolu peut être assimilé à un fardeau qui se transmettrait d’une génération à l’autre. C’est à partir de ces constats, que je me suis intéressée à la transmission transgénérationnelle des traumatismes, et cela m’a conduit à m’interroger sur les différentes modalités de cette transmission.

C’est dans ce cadre que j’ai décidé de mettre en place une méthodologie afin de constituer une revue de littérature sur ce sujet.

Cette recherche a pour but d’identifier les différents mécanismes cités dans la littérature pouvant intervenir dans la transmission transgénérationnelle des traumatismes.

Matériel et méthode

Dans un premier temps, nous avons identifié les mots-clés suivants nécessaires à notre recherche : « transmission » « traumatisme » « trauma » « transgénérationnelle ». Nous avons utilisé cette association de mots-clés sur la base de données CAIRN, et avons obtenu 1039 résultats.

Nous avons affiné cette sélection en y appliquant plusieurs critères d’inclusion : les mécanismes de transmission des traumatismes / la relation parent-enfant / un vécu traumatique familial / article écrit en anglais ou en français / article accessible en totalité.

Nous avons également appliqué des critères d’exclusion : la transmission intergénérationnelle / si présence d’une étude, la taille de l’échantillon doit être supérieure à vingt participants.

Il est nécessaire de différencier la transmission transgénérationnelle de la transmission intergénérationnelle.

Nous avons donc retenu huit articles. Après les avoir lu et analysé, nous avons identifié des notions pertinentes, ce qui nous a poussé à approfondir notre recherche.

Dans un second temps, nous avons utilisé cette combinaison de mots-clés « transgenerational » « effects » « traumatism » « parental » « expose » sur PubMed. Nous avons obtenu six articles, et avons appliqué les mêmes critères d’inclusion et d’exclusion, ce qui nous a conduit à obtenir deux articles.

Pour finir, nous avons employé les mots-clés suivants « DNA methylation » « HPA » « trauma » « mother » sur la même base de données et sommes parvenus à un article.

Au détour de lectures personnelles, hors des bases de données, nous avons retenu deux articles qui nous semblent judicieux pour notre travail.

Notre sélection finale comprend donc treize articles.

Approche théorique préliminaire

Traumatisme

D’un point de vue étymologique, « trauma » signifie « blessure ». Ici, nous nous intéressons au traumatisme psychique ou psychotraumatisme. Il existe différentes définitions du psychotraumatisme, nous en retiendrons deux, qui nous semblent être les plus précises.

Louis Crocq définit le psychotraumatisme comme « un phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou pour l’intégrité (physique ou psychique) d’un individu qui y est exposé comme victime, comme témoin ou comme acteur »

Le DSM-IV, la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le caractérise comme des « troubles présentés par une personne ayant vécu un ou plusieurs événements traumatiques ayant menacé son intégrité physique et psychique ou celle d’autres personnes présentes, ayant provoqué une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’effroi, et ayant développé des troubles psychiques liés à ce(s) traumatisme(s) ».

Transmission

Le nom féminin  transmission vient du nom latin transmissio, provenant du verbe transmisttere.

Transmission qui signifie « action de transmettre quelque chose. » (Larousse)

Transmettre signifiant « Faire passer quelque chose à ceux qui viennent ensuite, à ses descendants, à la postérité / Communiquer quelque chose à quelqu’un après l’avoir reçu. » ( Larousse)

Transgénérationnel

L’adjectif transgénérationnel est l’association du préfixe trans et du nom féminin génération.

Trans : préfixe du latin trans, au-delà, « exprimant l’idée de changement, de traversée. » (Larousse)

Génération : « Ensemble d’êtres, de personnes qui descendent d’un individu à chaque degré de filiation. » (Larousse)

Transgénérationnel ou transgénérationnelle signifie « Qui concerne toutes les générations, tous les âges. » (Larousse)

Transmission transgénérationnelle

Elle concerne plusieurs générations d’une même famille, générations qui peuvent être distantes dans le temps. Elle s’établit dans une seule direction : des ascendants vers les descendants.

Anna Maria Nicolo et Eleonora Strinati (2007) définissent que « Dans la transmission transgénérationnelle sont transmis des objets non élaborés, des vécus, des traumatismes qui restent enkystés et inertes à l’intérieur du sujet de la transmission »

Elle est à différencier de la transmission intergénérationnelle, qui elle, est un mécanisme conscient, où des contenus psychiques élaborés, les habitudes familiales, les mémoires familiales sont transmis. Elle touche les générations en contact direct et s’établit dans les deux sens : ascendants vers descendants et descendants vers ascendants. « Cette transmission comporte une partie des mythes familiaux qui sont racontés de génération en génération, l’histoire de la famille, et de façon générale, ce qui est explicite ou explicitable » (A Nicolo & E Strinati, 2007).

Résultats

Les principaux mécanismes de transmission identifiés

Parfois, les patients souffrent sans savoir quelle est la cause de leur souffrance. « On peut avoir hérité des traumatismes de ses ancêtres, sans en être conscient. » (F Calicis, 2006). Florence Calicis affirme que le « symptôme de l’enfant agit comme révélateur du traumatisme enfoui de son parent »

Mécanismes inconscients

La transmission peut avoir lieu de manière inconsciente et silencieuse. Pour que la transmission ait lieu, il est nécessaire qu’un média existe, cela peut être les mots, le langage du corps ou la manière de se taire. Les enfants sont comme des éponges, ils absorbent les émotions à travers ces signaux (P De Neuter, 2014). Un silence transmet quelque chose de fort. Se taire, pour protéger et se protéger. Les parents ne parlent pas pour préserver leur enfant (P De Neuter, 2014). L’enfant comprend qu’il y a évitement de la part du parent (P Hachet, 2003).

Calicis expose le mécanisme de transfert d’un traumatisme parental vers son enfant via la notion de transfert de K.Stettbacher (1991). « Quand le traumatisme n’est pas digéré, quand il n’est pas mis en mots, ce sont les attitudes qui le suintent » (F Calicis, 2006). L’enfant observe son parent, si il perçoit un comportement qui l’intrigue, celui-ci va le répéter, et se l’approprier. La charge émotionnelle des générations précédentes peut s’amplifier chez les enfants. F. Calicis nomme ce phénomène : le processus de sélection / amplification de G.Ausloos (1995). Dans cet espace de non-dits qui englobe à la fois les secrets, la non élaboration et l’incapacité à symboliser l’événement traumatique par les parents, l’enfant reçoit des informations non élaborables, il va se questionner, ce qui amènera le transfert du traumatisme. Quand le traumatisme ne peut s’exprimer, un mécanisme de défense se met en place, le déplacement (A Nicolo & E Strinati, 2007). Le souvenir du trauma, son vécu seront transmis aux générations suivantes mais également « les défenses transpersonnelles » qui vont permettre au groupe de se protéger du trauma, ainsi que d’en éviter les répétitions (A Nicolo & E Strinati, 2007).

Serge Tisseron requalifie le terme de transmission transgénérationnelle par le terme « d’influence transgénérationnelle ». Il propose également le terme de « ricochets » à la place de celui de « transmission ». Il faut distinguer les fantômes des revenants. Les revenants sont « des morts qui reviennent hanter des vivants qu’ils ont bien connus et avec qui ils ont eu des histoires un peu louches » (F Calicis, 2006). Quand aux fantômes, ce sont « des morts qui viennent hanter des vivants mais des vivants qui ne les connaissent pas » (F Calicis, 2006). Quand il y a un traumatisme parental, les enfants ressentent un fantôme. Inconsciemment, l’enfant assimile les évènements traumatiques refoulés de ses parents. Si le traumatisme n’est pas traité, il peut continuer d’exister à travers les fantômes. Les traces du traumatisme sont alors enkystées chez les générations descendantes (P Hachet, 2003; S Tisseron, 2007). Cet impact transgénérationnel peut s’étaler sur au moins trois générations (F Calicis, 2006; P Fossion & M Rejas, 2007). « Face à la transmission de ce matériel psychique non élaboré, l’enfant peut adopter plusieurs attitudes : s’imaginer être la cause de la souffrance parentale dans le but de préserver le postulat de l’innocence des parents ; essayer d’être parfait pour racheter la faute ; se désespérer ou encore s’obliger à ne rien comprendre, mettant ainsi son intelligence en veilleuse; ne pas avoir lui même d’enfant afin de « tarir » la transmission » (P Fossion & M Rejas, 2007). « Ce qui est dramatique, c’est que le travail d’un fantôme -s’il n’est pas déconstruit lors d’une cure psychanalytique- persiste bien au delà de l’enfance. » (P Hachet, 2003).

Dimension épigénétique

Un traumatisme se transmettrait de génération en génération via des mécanismes dits épigénétiques. Celui-ci modifierait l’expression d’un ou plusieurs gènes chez la victime du trauma et pourrait se transmettre à la génération suivante. La transmission s’effectuerait par des modifications sur les gènes impliqués dans la réponse au stress touchant l’axe hypothalamo-hypophysaire-surrénalien (HHS) « sous l’effet de soin de maternage de plus ou moins bonne qualité » (X Benarous & D Cohen, 2019). On parle d’altération dans la méthylation de l’ADN (X Benarous & D Cohen, 2019; N Lambert, 2014). Plusieurs études cliniques sur les animaux et chez l’Homme étayent ce propos (A Paoloni Giacobino, 2014; N Perroud et al., 2014; R Yehuda et al., 2005). Rachel Yehuda, a analysé la salive de 38 femmes enceintes ayant été touchées par les attentats du 11 septembre 2001 à New York, elle a observé que les femmes enceintes avaient un faible taux de cortisol. Les bébés âgés d’un an, descendants des mères ayant développé un syndrome de stress post-traumatique (SSPT), montrent un taux bas de cortisol également (R Yehuda et al., 2005).

Rappelons que le cortisol est une hormone du stress. Dans les SSPT, le niveau de cortisol n’est pas élevé mais à l’inverse, abaissé, ce qui induit un dérèglement au niveau de l’axe HHS. N. Perroud s’est intéressé à 25 femmes Tutsies enceintes, ayant été exposées au génocide Rwandais. Il a observé des altérations biologiques de l’axe HHS (soit des taux de méthylation élevés de l’exon1 NR3C1, des taux de glucocorticoïdes inférieurs, taux de cortisol bas…) chez ces mères et leurs enfants contrairement aux mères non exposées au génocide (N Perroud et al., 2014). D. Kertes a constaté une augmentation de la méthylation des gènes du Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF) chez la mère et le nouveau-né associée à l’exposition prénatale maternelle à un trauma de guerre. Le BDNF ou facteur neurotrophique dérivé du cerveau est impliqué dans les processus de développement du cerveau. Des niveaux différents de méthylation de l’ADN à travers le gène BDNF ont été observés dans le sang maternel, dans le sang du cordon ombilical et dans le tissu placentaire (D Kertes et al., 2017). Cela pose la question de la transmission du trauma, car les descendants n’ont pas vécu le traumatisme.

Dans ces différentes études, la transmission du SSPT a été associée aux différentes altérations biologiques de l’axe HHS. « Les effets transgénérationnels des traumatismes ont été observés cliniquement dans un large éventail de population, et le PTSD parental a été associé à des modifications de l’excrétion de cortisol urinaire et également à un risque accru de psychopathologie chez les descendants » (N Lambert, 2014). Rappelons que pendant la grossesse, l’anxiété, le stress éprouvés par la mère agissent sur le développement du cerveau du foetus. Le stress prénatal aurait donc un effet sur le dysfonctionnement de l’axe HHS (N Perroud et al., 2014). Plusieurs études mettent en lumière la répercussion des traumatismes sur différents gènes ainsi que l’impact des traumatismes sur la santé des descendants (X Benarous & D Cohen, 2019; N Lambert, 2014; N Perroud et al., 2014; R Yehuda et al., 2005). De nombreux problèmes de santé sont transmis d’une génération à l’autre. Les générations descendantes ne vont pas forcément souffrir des mêmes troubles que leurs ascendants, mais peuvent être plus vulnérables au stress, et à des pathologies psychiatriques « comme le PTSD, et la dépression » (N Lambert, 2014). Lors du passage d’une génération à l’autre, la plupart des marques de méthylation de l’ADN sont effacées (N Lambert, 2014). L’épigénétique est réversible. « la réversibilité semblant être influencée par la durée et le type d’exposition » (N Lambert, 2014).

Neurones miroirs

Les neurones miroirs sont des neurones spécifiques, responsables des processus d’apprentissage, d’imitation et d’empathie. L’individu va à travers les neurones miroirs se mettre inconsciemment à la place de l’autre. Ainsi notre cerveau peut réagir à une douleur perçue chez l’autre. Les enfants vont donc s’identifier à la souffrance de leurs parents. Ils interviennent également dans le processus de dissociation. Les neurones miroirs transmettent les états du corps. Dans son article, Hélène Dellucci (2009) expose deux vignettes cliniques montrant deux patientes présentant des séquelles post-traumatiques liées à des évènements du passé (Seconde Guerre Mondiale) qu’elles n’ont pas vécu. Madame A née en 1958, évoque que son père a été déporté pendant la guerre et qu’il lui racontait lorsqu’elle était enfant des anecdotes concernant cette période. Madame A a donc été témoin indirect de ces évènements (traumatisme vicariant) et présente des symptômes invalidants. Madame B née en 1948, énonce un père soldat allemand, qui quant à lui, n’a jamais fait de récit à ce sujet. Madame B présente des troubles post-traumatiques complexes avec des symptômes invalidants. H. Dellucci affirme que « les réseaux neuronaux traumatiques peuvent rester dormants, tant que la personne ne rencontre pas de déclencheurs trop importants ». Elle pose l’hypothèse que le matériel non verbal (images, émotions, sensations corporelles) contenu dans la mémoire iconique pourrait être transmis au moyen des neurones miroirs, et qu’il y aurait donc une probable transmission des traumatismes vécus par les adultes vers les générations suivantes. H. Dellucci conclut « qu’il y ait eu récit ou non, la présence de séquelles post-traumatiques non traitées entraine leur transmission à la génération suivante ».

Discussion

L’intérêt de cette revue de littérature est de déterminer les différents mécanismes pouvant intervenir dans la transmission transgénérationnelle des traumatismes. Cependant celle-ci est non exhaustive, puisque nous avons choisi les mots-clés nous semblant les plus pertinents à notre recherche.

Dans les familles qui ont éprouvé un trauma, la transmission se fait souvent à travers des mécanismes inconscients. Le traumatisme modifie la cellule familiale, au niveau des relations, des comportements. Les auteurs prennent en considération le vécu parental ainsi que l’impact du traumatisme sur les enfants. Les descendants sont à la fois affectés psychologiquement et biologiquement. Dans notre revue, nous avons constaté que le traumatisme chez les ascendants sera contenu d’une différente façon chez les descendants. Il est donc nécessaire de travailler sur plusieurs générations, au moins trois.

Les auteurs abordent les différentes modalités de transmission transgénérationnelle des traumatismes : la notion de transfert de K.Stettbacher (1991) ; le processus de sélection / amplification de G.Ausloos (1995) ; le fantôme. Les auteurs s’accordent à dire que la transmission s’effectue presque toujours de manière inconsciente et silencieuse. Le parent qui a vécu un trauma, et qui présente des séquelles post-traumatiques, souffre et peut donc envoyer malgré lui des signaux. L’enfant ou petit-enfant qui observe son ascendant souffrir, va s’imprégner de ces signaux comme une éponge. Il va donc vouloir le protéger et va s’identifier à sa souffrance. Les auteurs montrent l’importance du poids du traumatisme non résolu porté par l’ascendant, sur le descendant.

Nous pouvons constater qu’un traumatisme qui n’a pas été correctement symbolisé, prendra l’aspect d’un fantôme et se transmettra à la génération suivante. Ainsi, les auteurs concluent que pour échapper aux fantômes, il faut affronter le passé, l’histoire familiale. Ils soulignent la place prépondérante des silences, des secrets et de la souffrance au sein de ces familles.

Les auteurs évoquent des modifications épigénétiques, provoquées par le traumatisme de l’ascendant sur les descendants. Ils suggèrent ainsi que la transmission s’effectuerait par des altérations sur la méthylation de l’ADN, provoquant un dérèglement sur l’axe hypothalamo-hypophysaire-surrénalien (HHS). Les auteurs ont mis en évidence d’importantes modifications épigénétiques à divers niveaux : sur différents gènes, sur les récepteurs aux glucocorticoïdes, et sur le taux de cortisol associé au SSPT. Les gènes touchés, sont impliqués dans la réponse au stress. Ces différents taux de méthylation de l’ADN sont observables à la fois chez l’ascendant ayant vécu le traumatisme et sur son descendant.

L’épigénétique reste un domaine controversé malgré un grand intérêt scientifique pour ce sujet. Les traumas pris en compte pour les différentes études sont variés : génocide, exposition à un attentat, traumatisme de guerre (ce qui peut sous-entendre violences physiques, viol…). Nous pouvons constater que la population étudiée est diverse, provenant de pays différents, issue de toutes origines. La taille d’échantillon dans les différentes études reste tout de même limitée.

L’étude de Kertes et al. (2017) est la première étude chez l’Homme explorant la méthylation du BDNF en lien avec l’exposition prénatale au stress maternel dans trois tissus différents (dans le sang du cordon ombilical, dans le tissu placentaire, dans le sang maternel veineux) et simultanément. Il n’existe pas d’études en France concernant la transmission transgénérationnelle des traumatismes.

L’épigénétique étant réversible, nous pouvons émettre l’hypothèse qu’un travail thérapeutique entrepris pourrait apporter des changements épigénétiques chez des patients présentant un trouble de stress post-traumatique et donc stopper la transmission. Actuellement, très peu d’études ont pu démontrer cette hypothèse.

Les neurones miroirs transmettent les états du corps, les émotions, les sentiments. Ici H. Dellucci, en s’appuyant sur deux vignettes cliniques, émet l’hypothèse que cette identification a lieu grâce à l’activation de neurones miroirs, et ceux là pourraient être responsables de la transmission du trauma. Elle met en corrélation la transmission du contenu de la mémoire iconique avec la transmission des trauma. Toutefois, il existe très peu de recherches sur le lien entre les neurones miroirs et les traumatismes.

Conclusion

Nous vivons dans une société où l’on observe une hausse de la fréquence des évènements traumatiques (Insécurité et délinquance en 2019 : bilan statistique, Ministère de l’intérieur). Lors de la confrontation à de tels évènements, il y a un réel impact sur la personne ayant subi le trauma mais également sur son entourage. La prise en charge des traumatismes devient un enjeu de santé publique prioritaire.

Nous avons à travers cette revue de littérature, apporter quelques éléments de réponse à notre problématique, cependant, actuellement certaines données concernant les mécanismes de transmission transgénérationnelle restent incomplètes.

Nous pouvons dire qu’il existe plusieurs mécanismes inconscients intervenant dans cette transmission. Comme nous l’avons constaté, les secrets, les non-dits, la non élaboration ainsi que l’incapacité à symboliser l’événement traumatique, occupent une place importante dans la transmission.

Concernant, les mécanismes épigénétiques, la transmission s’effectuerait par des modifications sur les gènes impliqués dans la réponse au stress touchant l’axe hypothalamo-hypophysaire-surrénalien (HHS).

Au sujet des neurones miroirs, ils pourraient intervenir dans cette transmission transgénérationnelle, il faut toutefois poursuivre les recherches afin de vérifier cette hypothèse.

Cet héritage traumatique peut laisser une trace sur au moins trois générations. Il est indispensable d’accompagner le patient et son entourage ainsi nous pourrions limiter la transmission entre les générations. Une approche globale est nécessaire afin de ne pas laisser les générations descendantes devenir dépositaires de la souffrance de leurs ascendants.

Myriam Aissaoui

Mémoire pour le diplôme universitaire de psychotraumatologie de l’Université Paris Descartes –Université de Paris  

Bibliographie

• Benarous, X., Cohen, D. Rôle des mécanismes épigénétiques dans le développement et la transmission des traumas psychiques. Corps & Psychisme, 2019/2 n°75, 23-38

• Calicis, F. La transmission transgénérationnelle des traumatismes et de la souffrance non dite. Thérapie familiale, 2006/3, Vol 27, 229-242

• Dellucci, H. Les neurones miroirs : une nouvelle clé pour comprendre les traumatismes transmis ? Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratique de réseaux, 2009/2, n°43,197-216

• De Neuter, P. La transmission transgénérationnelle. Cahiers de psychologie clinique, 2014/2, n°43, 43-58

• Fossion, P., Rejas, M.C. Prise en charge des familles traumatisées : l’apport de Siegi Hirsch. Thérapie Familiale, 2007/3 Vol 28, 231-247

• Hachet, P. Le « fantôme dans l’inconscient » raté de la vie psychique entre les générations. Face à Face [en ligne], 5 / 2003, mis en ligne le 01 mars 2003

• Kertes, D.A., Bhatt, S.S, Kamin, H.S., Hughes, D.A., Rodney, N.C., Mulligan, C.J. BNDF methylation in mothers and newborns is associated with maternal exposure to war trauma. Clinical Epigenetics, 30 Jun 2017, Vol 9.68

• Lambert, N. Génétique et transmission transgénérationnelle. Cahiers de psychologie clinique, 2014/2, n°43, 11-28

• Nicolo, A.M., Strinati, E. Transmission du traumatisme et défense transpersonnelle dans la famille. Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratique de réseaux, 2007/1, n°38, pages 61-79

• Paoloni Giacobino, A. Epigénétique et transmission. Rev Med Suisse, 2014, volume 10, 1153

• Perroud, N., Rutembesa, E., Paoloni Giacobino, A., Mutabaruka, J., Mutesa, L., Stenz, L., Malafosse, A., Karege, F., The Tutsi genocide and transgenerational transmission of maternal stress: epigenetics and biology of the HPA axis. The World Journal of Biological Psychiatry, 2014, 15, 334-345

• Tisseron, S. La transmission troublée par les revenants et les fantômes. Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratique de réseaux, 2007/1, n°38, 29-42

• Yehuda, R., Mulherin Engel, Brand, S.R., Seckl, J., Marcus, S.M., Berkowitz, G.S. Transgenerational Effects of Posttraumatic Stress Disorder in Babies of Mothers Exposed to the World Trade Center Attacks during Pregnancy. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, Volume 90, Issue 7, 1 July 2005, 4115–4118

covid

Akhenaton vous emmerde Monsieur le Président !

LE MAÎTRE ET SES PERROQUETS
TRIBUNE LIBRE D’AKHENATON

Publié sur https://telegra.ph/LE-MAÎTRE-ET-SES-PERROQUETS-01-12

Aujourd’hui, honnêtement, je pourrais me taire, je pourrais me cacher et espérer sortir de cette crise en n’ayant choqué ou déplu à personne, priant que je puisse enfin recommencer à vivre normalement et gagner ma vie… Mais non…

Et tous ceux et celles qui s’étonnent de mes positions clivantes en se disant « fans » du groupe IAM, vous avez sûrement dû vous arrêter à « je danse le mia » mais vous ne semblez pas connaître les positions que nous défendons dans de nombreux textes depuis 30 ans. 

Si mon obsession était de gagner plus d’argent, je serais un perroquet, un bon gros perroquet docile qui répète et imite sans connaître le sens des mots, la voix de son maître. Amis journalistes, docteurs, chercheurs, artistes et citoyens, c’est dans les temps difficiles qu’on affirme ses positions, qu’on prend des risques, ce n’est pas lorsque tout est fini qu’on distille des « Je le savais mais je ne pouvais rien dire ». 

A titre personnel, professionnellement parlant, je n’ai rien à gagner en prenant position, en tant que père, ami et mari, je ne peux pas me taire, c’est une question d’honneur, de bon sens, d’honnêteté et de cohérence avec 30 ans de textes. 

Ce qui m’a motivé à clarifier mes positions une bonne fois pour toutes, c’est la tribune du professeur Grimaldi dans le JDD, qui pense que les non-vaccinés doivent être responsables et signer une attestation de refus de prise en charge en réanimation en cas d’infection due au COVID19. 

Vous êtes docteur monsieur Grimaldi ? Vraiment ? Vous avez prêté serment ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Vous êtes diabétologue c’est bien ça ? C’est comme si des personnes qui font du sport et mangent sainement demandaient bêtement à la partie non héréditaire de vos patients qui est diabétique de signer une attestation de non prise en charge en réanimation, car ils ne veulent pas que des gens qui ont mangé et bu de la « merde » prennent leur place en cas de saturation du service. Ce serait au minimum stupide, au maximum criminel. 

Et puisqu’on y est, allez, une attestation à la caisse du bar-tabac pour les fumeurs (150.000 décès en France en 2 ans), une attestation électronique pour ceux qui dépassent 50 km/h en ville, une attestation à la caisse des fast-foods, une attestation pour ceux qui boivent de l’alcool à la maison, en soirée ou au restaurant, lors de vos repas entre collègues (100.000 décès dus à l’alcool en France en 2 ans), une attestation pour les gens inactifs… 

Puisque je suis contribuable, selon votre logique, je peux y prétendre et allons-y, construisons une société où chacun édicte ses propres règles et ses propres lois. Ce n’est pas possible, on va droit dans le mur. Le bon vieux mur du con. 

Il ne faut pas se méprendre, tous ces néo-solidaires qui boivent et recrachent les paroles de monsieur Grimaldi s’en sont toujours foutu des autres, ils ont juste peur de souffrir et de mourir. Le plus gênant ce sont les journalistes qui reprennent ces idées comme des perroquets en banalisant l’extrémisme et la brutalité de ces propos et commandent même des sondages sur le sujet. C’està-dire que chacun d’entre nous peut alors désigner la pathologie qui nous dérange et rendre ces malades responsables du naufrage de l’hôpital. 

Monsieur Grimaldi, vous avez, comme une partie du personnel soignant, malheureusement utilisé cette pandémie comme un tremplin terrifiant pour vos revendications légitimes. 

La Peur…. La voilà la pire des pandémies mondiales.

L’hôpital public est en souffrance depuis une vingtaine d’années, et les conditions de travail du personnel sont très difficiles. L’ATIH (agence technique des informations hospitalières, agence d’état) a publié son rapport 2020 : https://www.atih.sante.fr/sites/default/files/public/content/4144/aah_2020_analyse_covid.pdf pages 2 et 3

Quel est le pourcentage de fréquentation hospitalière pour les patients Covid-19 malgré toutes les déprogrammations ? 2 % !! Et 5 % en soins critiques !! 

Je ne minimise absolument pas la maladie, la mortalité est élevée en 2020 mais la réaction d’une partie du milieu hospitalier et médiatique a été démesurée, et les politiques et leurs amis industriels se sont engagés dans la brèche, en occident puis dans le monde entier. 

Pratique, les personnes que vous devriez viser et qui ont étrillé notre système de santé peuvent, grâce à vous, s’acheter un costume de sauveur plein de générosité. Gros, visible, pas de gants, pas grave, personne ne dit rien. 

Monsieur, j’écris cette lettre pas en tant qu’artiste mais en tant que citoyen, du moins en tant qu’excitoyen si l’on en croit Emmanuel Macron. 

Et le plus gros problème est bien là… Depuis le début, les média ont respecté leur logique éprouvée depuis 2001, peur, slogans, peur pour plus de recettes publicitaires … Ils ne sont plus le quatrième pouvoir depuis longtemps, ils sont LE pouvoir donc ce n’est pas étonnant qu’ils soient la propriété de quelques personnes. L’élection de Trump, la pression de Poutine, de la Chine, de l’Inde et pour finir les week-ends des gilets jaunes ont effrayé profondément les régimes occidentaux, leurs vassaux et surtout le nôtre. 

Malheureusement, la pandémie a été un outil politique pour contrer le phénomène insurrectionnel et qu’a fait le gouvernement français ? Il a choisi de copier les stratégies de désinformation de leurs opposants de l’extrême-droite (surtout Américaine) pour contrer ses adversaires. Et comme cela est née la version du trumpisme bobo-facho made in France, la gauche timide est passée du rose au brun, mensonges irréels répétés, faux chiffres, concitoyens d’outre-mer traités de prêtres vaudous, fausses promesses, fausses nouvelles, vidéos effacées, comptes de réseaux sociaux bloqués, le Monde Diplomatique a d’ailleurs traité le sujet dans un très bon article consacré à notre pays et qui s’intitule « la Chine Occidentale ». 

Tout cela sous le nez de tas de nouveaux fact-checkers qui checkent uniquement ce qui convient à leurs patrons. Ils disent certaines vérités mais ils ne sortent pas des clous, ils vendent parfois notre société en tranches pour garder leur salaire. Ils pourraient par exemple, faire du vrai journalisme d’investigation en enquêtant sur la raison pour laquelle Gilead a obtenu le 25 juin 2020 une autorisation de mise sur le marché conditionnelle de la part de l’agence européenne des médicaments pour le Remdesivir, un médicament coûteux et déclaré inutile par l’OMS quelques mois plus tard. 

La plus grosse erreur dans cette crise a été d’empêcher les médecins généralistes de soigner leurs patients (comme ils l’ont fait entre octobre 2019 car le virus apparemment est présent sur notre territoire depuis ce mois-là et mars 2020), je pense qu’on aurait et qu’on éviterait encore certains décès, surtout qu’il existe un bon nombre de traitements efficaces avec des études sérieuses qui le prouvent. Rien ne remplace les soins de contact, certainement pas les mathématiciens de l’épidémie. En fait, nous faisons face à une crise écologique et sociale due à notre mode de vie qui risque d’engendrer d’autres pandémies à l’avenir, il faut arrêter les bla-bla, il faut agir et vite. 

Alors pour éviter les critiques, le gouvernement, leurs perroquets et une partie du législatif dégainent leur arme absolue : celui qui n’est pas de leur avis est un complotiste, un irresponsable et un sympathisant néo-nazi. Pratique, on met dans un sac unique des gens raisonnables et d’autres moins fréquentables et on secoue, ça permet d’annihiler le débat, comme dans un bon vieux régime autoritaire. Et puis ça permet aux comploteurs de faire croire que leurs manœuvres n’existent pas, qu’ils sont pleins d’empathie et soucieux de nos vies…. Tu parles…. 

Personnellement, j’ai le sentiment d’être coincé entre néo-nazis et nazis nouveaux. 

Pour couronner le tout, j’ai assisté à des tribunaux télévisés ou des « philosophes », des anciens de la télé-réalité ou des consultants santé de chaines d’info ont dénigré des grands docteurs, moqué des psychologues et même des chercheurs et professeurs mondialement reconnus sur le sujet. Est-ce qu’on voit ça avec d’autres métiers ? Jamais, sauf ceux liés au football peut-être… Les grandes émotions engendrent aussi les grandes impostures. 

Les Françaises et Français doivent comprendre une fois pour toute qu’une bonne moitié des métiers de la santé est corrompue par une industrie pharmaceutique qui brasse des milliards d’euros et de dollars. La recherche de nouveaux médicaments, dont les vaccins, est financée en partie par de l’argent public, le médicament une fois commercialisé est vendu aux États qui l’achètent avec…de l’argent public !!!!! On vend un produit aux personnes qui ont financé une partie de sa conception. Quel business model !!! Le rêve capitaliste ultime ! 

J’ai donc une question importante, il est maintenant reconnu que le vaccin n’empêche pas la contamination, ni d’être contaminé, il limite apparemment pendant une courte période le risque de forme grave, donc pourquoi, puisque vous êtes si gentils, on ne peut pas se vacciner avec du Sinopharm (vaccin classique à virus inactivé) qui a selon certaines études internationales de meilleurs résultats que nos vaccins sur les risques d’hospitalisation ? 

Une autre : pourquoi les pays les plus vaccinés enregistrent-ils les taux de décès liés au Covid-19 les plus élevés ? Pourquoi la Suède avec une couverture vaccinale de 71% qui n’a pas appliqué beaucoup de mesures restrictives (masques, confinement) et que nos journaux appelaient « le mauvais élève de l’Europe » s’en sort beaucoup mieux que nous à ce jour en terme de mortalité ?? Pourquoi vous renvoyez chez eux les soignants négatifs qui refusent de se faire vacciner alors que selon vos dires l’hôpital est débordé et dans un même temps, vous demandez aux soignants vaccinés positifs asymptomatiques de venir quand même travailler au contact des patients ? 

C’est scientifique ça ? Une dernière ? Pourquoi les variants dominants sont tous apparus dans des pays soit avec une couverture vaccinale importante, soit avec une industrialisation forte, soit les deux ?

Je me rappelle les mots de messieurs Véran et Castex pour inciter à la vaccination : « le seul moyen de se débarrasser de ce virus, c’est la vaccination ». Eh non… désolé doc… Comme en 1889 lors de l’épidémie de la « grippe russe » qui était en fait un coronavirus (toujours présent de nos jours) et qui est devenu un rhume en 1893 (source : https://www.vidal.fr/actualites/26269-pandemie-degrippe-russe-une-covid-du-xixe-siecle.html), le Covid-19 va un jour (Dieu sait quand) probablement devenir très contagieux et peu dangereux, ce serait l’évolution naturelle d’un virus ARN. Vous nous épargnerez donc ce jour-là, si vous êtes toujours en poste, le mensonge « c’est grâce à ce vaccin ». Non c’est grâce à la Vie, à l’évolution, à l’immunité naturelle… 

Je le dis et le répète encore une fois pour ceux qui ne comprennent que ce qui épouse leurs préjugés, je ne suis pas ANTI-VAX et lorsque le vaccin à virus inactivé Valneva (Franco-autrichien) arrivera sur le marché en Avril 2022, qui lui a dû passer toutes les étapes pour obtenir une AMM, je réviserai peut-être MA position, seul, comme un grand. Une précision importante, la couverture vaccinale est importante en France, il ne faut surtout pas croire que cela est un plébiscite, une bonne partie des personnes vaccinées l’ont fait pour le boulot, pour pouvoir voyager, pour sortir, pour être libres et non pas parce qu’ils sont d’accord avec la stratégie sanitaire du gouvernement. Vous allez au-devant de grandes désillusions. 

« On peut discuter de tout sauf des chiffres », c’est bien ça qu’affirmait votre spot publicitaire ? L’agence Reuters (équivalent américain de l’AFP qui a repris leur analyse mot pour mot) dit : « Vous ne pouvez pas affirmer que les accidents de 2021 soient dus aux vaccins anti-covid car le VAERS (qui a été crée en 1990 et qui est un observatoire des accidents liés à la vaccination aux USA (tous vaccins confondus) et OpenVAERS qui est un outil qui traduit sous forme de graphiques les résultats du VAERS) répertorie les accidents liés à tous les vaccins confondus et que ces accidents sont signalés par les citoyens eux-mêmes sur la plateforme. » (Source : https://openvaers.com/covid-data/mortality). 

Ils ont raison dans l’absolu. Mais eux et nous savons qu’un seul type de vaccin a inondé le marché occidental en 2021 et que tous les rapports ne peuvent être faux. Le CDC a répertorié 9 décès liés aux vaccins anti-covid aux USA, ça voudrait dire que 21 881 rapports sont des faux, sans compter les personnes qui ne prennent pas la peine de signaler quoi que ce soit. Ils jouent avec les mots. Ils jouent avec les maux. 

Alors, je ne vois pas des complots partout mais le roi des complots a un nom : Le Business. 

Et quand Pfizer rachète, le 16 décembre 2021, Arena une firme de cannabis thérapeutique et que le 1 er janvier 2022 on interdit de vendre des fleurs de CBD en France, je me dis que le hasard fait bien leurs choses quand même. Ou alors quand ce gouvernement essaie d’interdire les huiles essentielles en vente libre, quel est le but ? Gros, visible, pas de gants, pas grave, personne ne dit rien. 

Monsieur Macron, j’ai bien noté que vous avez choisi de nous « emmerder », soit, nous sommes un groupe avec des personnes vaccinées et d’autres non, on vit très bien ensemble, on s’entraide et on s’aime. La société française devrait être ainsi. Nous sommes quatre dans l’équipe d’IAM à avoir perdu un de nos parents depuis un an et demi, personne n’a le monopole de la peine, mais tout le monde ici a du bon sens et utilise la raison, selon la situation et les convictions dans le respect des autres. 

Ce qu’il se passe pour la plupart d’entre nous, c’est deux ans avec très peu de revenus, sans aide, dans l’indifférence générale et tout le monde trouve normal qu’on mange et élève nos enfants avec nos économies. 

Pour les restrictions et interdictions, la culture privée, c’est chacun notre tour. Si notre situation était celle de n’importe quel autre métier, la France serait en feu !!!! 

Pendant ce temps, nous sommes traités de sous-citoyens par des personnes politiques, médecins télévisés, ou journalistes serviles qui touchent leur salaire ou leurs salaires (pour vos amis de la politique) sans aucun problème…. 

Et l’effort de solidarité où est-il, puisque vous êtes devenus ses nouvelles icônes et ses grands apôtres ? 

Monsieur Le Président, juste une petite idée : emmerdez les gens qui font évader chaque année 100 milliards d’euros au Luxembourg, qui est encore à ce que je sache un pays d’Europe, ou bien les nationaux qui sont cités dans les Pandora Papers, ça vous donnera largement de quoi financer une éducation nationale digne de ce nom pour nos enfants et les enseignants désabusés, un hôpital et un système de santé qui sera digne pour les patients et les soignants, et du coup les citoyens ne se déchireront pas pour un lit de réanimation comme pour du PQ ou de l’essence les lendemains de stress télévisé. 

Je suis particulièrement triste et inquiet quand je vois à quel point notre jeunesse est impactée, stigmatisée et souffre de cette situation, ils sont les moins touchés par les virus et ils sont les plus ciblés par les mesures d’interdiction, beaucoup de gens qui sont aux manettes ont déjà fait une bonne partie de leur vie et ont vécu une insouciante enfance, adolescence et vie de jeune adulte. Empathie ? Non, Individualisme. C’est bien une crise sociale, écologique et politique que nous traversons, l’économie est le moteur du changement, plutôt difficile quand la moitié du CAC 40 a un patron issu des grands corps de l’État… 

Monsieur Le Président, vous êtes en campagne ? Gros, visible, pas de gants, pas grave, personne ne dit rien, surtout pas les perroquets. 

Nous aurions pu bâtir dans la difficulté de cette crise une société plus solidaire, plus empathique et plus unie, vous avez fait de cette période un modèle de division, de haine et d’individualisme. 

Akhenaton 

SAID IAM Dj Daz Dj Kheops Shurik’n Imhotep

research · science · texts/theory

Déni de mort

Si le déni de la mort est une des caractéristiques des sociétés occidentales, l’épidémie due au SARS-CoV-2 illustre son paroxysme. Depuis la seconde guerre mondiale, ce déni n’a fait que s’amplifier, avec le progrès technologique et scientifique, les valeurs jeunistes qui nous gouvernent, fondées sur l’illusion du progrès infini, la promotion de l’effectivité, de la rentabilité, du succès. Il se manifeste aujourd’hui par une mise sous silence de la mort, une façon de la cacher, de ne pas y penser, avec pour conséquence une immense angoisse collective face à notre condition d’être humain vulnérable et mortel.

Ce déni de la mort a eu trois conséquences. D’abord au niveau individuel, il n’aide pas à vivre. Il appauvrit nos vies. En faisant comme si la mort n’avait pas d’incidence sur notre manière de vivre, nous croyons vivre mieux, mais c’est l’inverse qui se produit. Nous restons souvent à la surface des choses, loin de l’essentiel.
Une illusion

Ensuite, ce déni entretient une illusion, celle de la toute-puissance scientifique et technologique, celle du progrès infini. Avec ce fantasme incroyable : imaginer qu’un jour on pourrait avoir raison de la mort. Enfin, le déni de la mort nous conduit à ignorer tout ce qui relève de la vulnérabilité. Il est responsable d’une perte d’humanité, d’une perte de la culture de l’accompagnement, avec les souffrances qui y sont associées.

Dès 1987, avec l’arrivée des soins palliatifs en France, a commencé un long combat pour sortir de ce déni. En 2005, lors de son audition au parlement, en vue de la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie (dite loi Leonetti), la sociologue Danièle Hervieu-Léger avait eu cette réflexion : « Le déni de la mort se venge en déniant la vie. La mort qui n’a pas sa juste place finit par envahir toute l’existence. Ainsi notre société est-elle devenue à la fois thanatophobe et mortifère. » Le déni a pourtant perduré.

L’épidémie actuelle l’illustre factuellement. La peur de la mort domine. Au lieu d’être considérée comme notre destin à tous, une réalité sur laquelle il faut méditer car elle est inéluctable, la mort devient l’ennemi à combattre. Faut-il pour autant ne pas se protéger ni protéger les autres, évidemment que non. Mais cette responsabilité doit être laissée à chacun et non édictée par un pouvoir médical devenu tout-puissant, qui poursuit aujourd’hui son fantasme d’éradiquer la mort, de préserver la vie à tout prix, au détriment de la liberté de la personne. Les acquis sur la dignité du mourir et le respect des droits des personnes en fin de vie sont brutalement mis à mal.
Le combat contre la mort est vain.

Je ne remets aucunement en cause l’acharnement avec lequel médecins et soignants, au risque de leur propre vie, soignent des patients qui ont encore envie de vivre. Je remets en question la folie hygiéniste qui, sous prétexte de protéger des personnes âgées, arrivées dans la dernière trajectoire de leur vie, impose des situations proprement inhumaines. Cela a-t-il un sens de confiner une personne âgée, qui dans son for intérieur est relativement en paix avec l’idée de mourir, comme c’est le cas pour beaucoup ? De l’empêcher de vivre les dernières joies de sa vie, voir ses enfants, les embrasser, voir ses amis, continuer à échanger avec eux ? Leur demande-t-on leur avis, leur choix ? Demande-t-on aux proches ce qui est plus important pour eux : prendre le risque d’attraper le Covid-19 en prenant une dernière fois dans ses bras un parent aimé et lui dire au revoir ? Ou se protéger au risque d’une culpabilité qui les empoisonnera pour longtemps ?

Ce déni de la mort est dramatique et le combat contre la mort est vain. Nous ne mesurons pas les souffrances qui naîtront de l’érosion de l’humain quand la distanciation sociale sera devenue la norme, comme des inégalités que cette peur de la mort aura induites, les désespoirs, les dépressions, les violences, les envies de suicide. Nous réaliserons après le confinement le mal qui aura été fait en privilégiant la vie au détriment de la personne.
Les vraies questions sur le sens de l’existence.

Car qu’est-ce qu’une personne ? Sinon un être humain qui, se sachant mortel, et méditant sur sa finitude, est renvoyé à l’essentiel, à ses priorités, à ses responsabilités familiales, aux vraies questions sur le sens de son existence.

Heureusement, quand notre société aura atteint le pic du déni de la mort, s’amorcera un déclin. Nombreux sont ceux qui, déjà dans le silence de leur confinement, méditent aujourd’hui sur le sens et la valeur de leur existence, sur le genre de vie qu’ils ont vraiment envie de mener. Une vie de retour aux choses simples, une vie où le contact avec ceux que l’on aime compte plus que tout, où la contemplation du beau et de la nature participe à la joie de vivre.

Une vie où l’on n’abandonne pas les plus vulnérables, où la solidarité humaine l’emporte. Une vie qui respecte les rites essentiels qui ponctuent l’existence et rassemble la communauté des vivants : la naissance, le mariage, la mort. Une vie où le devoir d’accompagnement de ceux qui vont mourir impose naturellement la présence, les mots d’adieu, bref d’entrer dans ce que le psychanalyste Michel de M’Uzan (1921-2018) appelait « l’orbite funèbre du mourant ».

DÉNI DE MORT ET Covid19
(Marie de Hennezel, mai 2020)

covid

La désinformation

Terme emprunt au vocabulaire politique

Un moyen d’action qui altère les facultés psychiques des sujets-victimes, quelquefois de façon durable puisqu’il peut aller jusqu’à entraîner des comportements proches de la psychose.

C’est le fait pour un enfant abusé, d’être également abusé dans ses perceptions.

La désinformation consiste à influer sur les mécanismes mêmes de perception de l’autre, non pas en lui mentant, mais, beaucoup plus subtilement, en agissant sur son système cognitif. Rappelons que l’enfant n’a pas la possibilité d’appréhender d’emblée le monde extérieur. Il ne l’apprend pas, il le perçoit. Il perçoit une forme de réalité, mais celle-ci ne prend sens que si elle lui est confirmée. C’est dire l’importance du regard extérieur, du regard que peuvent porter en retour la mère, le père ou les éducateurs sur la même réalité. Rappelons cette phase assez pénible au cours de laquelle les enfants assaillent les parents de questions qui parfois les embarrassent. Mais ce ne sont pas tout à fait des questions, elles ne sont pas en tout cas le reflet d’un vide chez l’enfant qui les pose, mais s’appuient au contraire sur une conviction de celui-ci. Au moment où il pose sa question, il a déjà sa réponse. Simplement il a besoin que cette réponse lui soit confirmée. Souvent, d’ailleurs, il réajuste sa perception en fonction de ce qu’il reçoit en retour des adultes. Nous n’avons, en tant qu’êtres humains, aucune capacité à nous croire. Seul l’adulte achevé, s’il existe, pourrait croire sans réserve toutes ses perceptions.

L’abuseur joue sur les mécanismes cognitifs de l’enfant. Une de mes patientes m’expliquait que, alors qu’elle était enfant, son père l’emmenait à la piscine et, chaque fois, abusait d’elle dans la cabine de déshabillage. Chaque fois, ensuite, elle le questionnait, et sa réponse était comme si elle n’avait pas parlé, comme si cette réa- lité-là n’avait pas existé et qu’elle avait rêvé. Pendant des années, par la suite, elle a douté de sa perception : il lui a fallu une longue analyse pour réussir enfin à se croire.

Le conte d’Andersen Les habits neufs de l’empereur illustre très justement ce mécanisme cognitif: des tailleurs promettent à l’empereur de lui confectionner un habit absolument extraordinaire. Celui-ci leur avance des sommes extravagantes, des matériaux extrêmement chers: diamants, fils d’or, fils d’argent. Des semaines puis des mois passent, pendant lesquels les tailleurs prétendent s’appliquer à tisser la mer- veille. Un beau jour pourtant, ils doivent être prêts. L’empereur vient faire un essayage. L’habit, bien entendu, n’existe pas. Les tailleurs font mine d’habiller l’empereur, tout en le persuadant que ce tissu est si beau, si fin, si extraordinaire que seule une élite très privilégiée peut le voir. L’empereur, ne voulant pas passer pour un sot, voit le tissu, essaie l’habit, se pavane nu devant le miroir. Il se doit de le montrer au peuple, auquel cela a coûté si cher, et il défile dans les rues, complètement nu.. Mais on a informé le peuple « Seuls les imbéciles ne voient pas le bel habit !». Et tout le monde voit, tout le monde s’esbaudit sur la beauté, le moiré, les reflets, etc. Chacun renchérit sur son voisin, jusqu’au moment où un enfant s’exclame: «Mais l’empereur est tout nu !» Immédiatement, tous voient que l’empereur est nu.

C’est ce mécanisme qui nous intéresse ici.

La désinformation consiste très précisément à nier les perceptions de l’enfant abusé: «Ce que tu vois, tu ne le vois pas. Ce que tu entends, tu ne l’entends pas. Ce que tu ressens, tu ne le ressens pas. Tu as rêvé, tu as imaginé. Tu es mauvais puisque tu as vu ou perçu des choses qui n’existaient pas, tu racontes des choses qui sortent de ton imagination ». Et cela fonctionne parce que l’enfant concerné évolue dans un contexte où personne ne lui confirme sa propre perception. Personne n’a l’air de voir ce qu’il voit, de comprendre ce qui se passe, bref, de donner des signes qui lui permettront de confirmer ses propres perceptions. Dans ces conditions, l’enfant ne peut se croire, il se retrouve dans un état de perplexité anxieuse. Si ce mécanisme est précoce, il peut aller jusqu’à plonger l’enfant dans un état quasi psychotique qui lui fait douter de toute réalité. Chaque fois qu’il est confronté à une réalité, il se sent gagné par l’anxiété: «Qu’est ce que je perçois? Cela existe-t-il bien? Ou est-ce un effet de mon imagination?». Et cet état peut durer des années.

La désinformation n’est pas limitée à l’enfance. Elle peut s’exercer également aux dépens d’un adulte. 

Et de comprendre certains mécanismes de notre crise actuelle.

Extrait d’un article de Robert Neuburger (Cairn.fr)

art · maternity

The Wolf

A beautiful adaptation of the traditional Swedish lullaby Vårgsanger by Jonna Jinton

Vargen ylar i nattens skog,
han vill men kan inte sova.
Hungern river hans vargabuk,
och det är kallt i hans stova.
Du varg, du varg, kom inte hit,
ungen min får du aldrig.

Vargen ylar i nattens skog,
ylar av hunger och klagan.
Men jag ska ge’n en grisasvans,
sånt passar i vargamagar.
Du varg, du varg, kom inte hit,
ungen min får du aldrig. 

Vargen ylar i nattens skog,
och hittar sig inget byte.
Men jag ska ge’n en tuppakam,
att stoppa ner i sitt knyte.
Du varg, du varg, kom inte hit,
ungen min får du aldrig. 

Sov, mitt barn, i bädden hos mor,
låt vargen yla i natten.
Men jag ska ge’n en hönsaskank,
om ingen annan har tatt ‘en.
Du varg, du varg, kom inte hit,
ungen min får du aldrig.

The wolf howls in the forest night,

He wants to, but can’t sleep

Hunger is tearing on his wolflike belly

And his cottage is cold

Hey wolf, hey wolf, don’t come here

You’ll never get my child

The wolf howls in the forest night

Howls from hunger and complaints

But I’ll give him a tail from a pig

Such things suits a wolf’s belly

Hey wolf, hey wolf, don’t come here

You’ll never get my child

Sleep my child, on the bed with mom

Let the wolf howl in the night

But I’ll give him a chicken bone

Unless someone else has taken it

Hey wolf, hey wolf, don’t come here

You’ll never get my child

You’ll never get my child

info · psychologie · science

Portrait d’un résistant

“Ils ont un fort ancrage dans la réalité, des gens qui ont plein de bon sens, des gens qui ont d’autres références, y compris chez leurs ancêtres, qui leur permettent d’apprécier d’une autre façon ce qu’il se passe, de sortir du discours dominant. Ensuite, ce sont des gens qui questionnent la légitimité de l’autorité ; ils n’obéissent pas pour obéir, mais parce que le discours de l’autorité a du sens. Et enfin, la caractéristique commune à chaque fois, c’est de ne pas se satisfaire d’un à peu près au niveau de la vérité. Il y a une recherche de vérité, de compréhension. Et le quatrième point : ce sont des gens qui sont capables de faire face à l’isolement. Parce qu’en ce moment, penser au vent contraire, c’est être exposé au harcèlement, à l’isolement, à l’insulte, à la censure et pour cela, il faut avoir une sacrée solidité psychologique. »

Ariane Bilheran (https://www.arianebilheran.com/)