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Appel aux armes!

Aux armes ! aux armes ! vaillants Grecs ! le moment est arrivé ; combattons pour notre religion et pour notre patrie. Les peuples civilisés de l’Europe, en combattant pour leurs droits, nous invitaient depuis longtemps, par leur exemple, à les imiter. Quoique jouissant d’un certain degré de liberté, ils se sont sans cesse efforcés de l’accroître. Ces mêmes peuples, fixant leurs yeux sur nous, s’étonnaient de notre inertie. Aujourd’hui que tous nos compatriotes nous attendent, et que les Serviens, les Souillotes et toute l’Epire soulevée nous appellent, faites que le son de nos trompettes et le bruit de nos armes retentissent dans toute la Grèce. Nos tyrans, tremblants et pâles, fuiront devant nous. En nous rendant dignes de nos aïeux et du siècle où nous vivons, nous obtiendrons la bienveillance des nations civilisées et même leurs secours. Les amis ardents de la liberté, tous les coeurs généreux ne tarderont pas à venir prendre part à notre noble entreprise. Vous verrez même plusieurs de nos ennemis, poussés par la justice de notre cause, abandonner leurs étendards et venir se ranger sous les nôtres. Qu’ils se présentent avec franchise ! la patrie leur pardonnera et les prendra sous son égide.

Qui pourrait donc retenir vos bras ? Notre ennemi est lâche et faible ; nos généraux sont habiles, et tous nos concitoyens pénétrés de l’enthousiasme le plus vif. Au premier élan de nos phalanges, vous verrez les anciennes colonnes du despotisme tomber devant nos drapeaux victorieux. Au premier signal donné par vos clairons, répondra l’écho des rivages de la mer Ionienne et de la mer Egée. La marine de toutes nos îles, qui, pendant la paix, savait commercer et combattre, portera la terreur et la mort dans tous les ports soumis à nos tyrans. Quel coeur pourrait rester sourd à l’appel de la patrie ? A Rome, un ami de César, secouant la chlamyde ensanglantée de ce guerrier, souleva tout le peuple. Que ferez-vous, Grecs, à l’aspect de la patrie même ensanglantée et déchirée par les mains des barbares.

Tournez vos regards autour de vous, vos yeux ne rencontreront partout que l’abjection la plus profonde. Ici, ce sont nos temples profanés et souillés ; là, nos femmes et nos enfants exposés aux traitements les plus odieux ; nos maisons spoliées, nos campagnes dévastées, et nous-mêmes (il faut le dire) ravalés à la condition la plus servile. Il est temps enfin de venger notre sainte religion et notre belle patrie du mépris sacrilège des barbares. Parmi nous le plus noble sera celui qui défendra nos droits avec le plus de courage. La nation, assemblée par ses notables, formera un conseil suprême ; toutes nos actions seront soumises aux actes qui en émaneront.

Coopérons donc à ce but d’un commun accord ; les riches par leur fortune, les chefs de l’église par leurs nobles exhortations, et les hommes éclairés par leurs conseils. Que tous ceux qui, à ce jour, se trouvent au service des puissances étrangères, après de justes remerciements, s’empressent d’abandonner tout pour voler à la défense de leur pays, et courir avec nous la même carrière de gloire et d’honneur.

Quels esclaves vils et mercenaires oseront faire face et tenir tête à un peuple qui se lève pour son indépendance. Imitons les combats héroïques de nos ancêtres ; imitons l’Espagne, qui la première rompit les légions, jusqu’alors invincibles d’un despote formidable. Par la concorde générale, par la soumission aux lois et l’obéissance aux chefs, par le courage et la fermeté, notre victoire est infaillible ; elle couronnera nos travaux héroïques de lauriers impérissables, et gravera nos noms dans le temple de l’immortalité, pour être l’exemple des générations futures. La patrie décernera pour récompense, à ses dignes et obéissants enfants les prix de la gloire et de l’honneur ; mais elle déclarera dégénérés et de souche asiatique, ceux qui seront sourds à son appel, et les vouera, comme traîtres, à l’opprobre et à la malédiction de la postérité.

Invitons-donc, ô braves et généreux Grecs ! invitons une seconde fois la liberté à rentrer dans la terre classique de notre patrie.

Combattons entre les Thermopyles et Marathon, et sur les tombeaux de nos ancêtres, qui y périrent pour nous laisser libres et heureux. Le sang des tyrans est agréable aux mânes d’Epaminondas, de Trasybule, d’Armodius et d’Aristogiton, à ceux de Timoléon qui a délivré Corinthe et Syracuse, et à ceux surtout de Miltiade, de Thémistocle, de Léonidas et des trois cents Spartiates, qui ont taillé en pièces les armées innombrables des Perses barbares.

Ce sont leurs descendants, plus barbares et plus lâches encore, qu’il s’agit maintenant d’anéantir.

Aux armes, mes amis ! la patrie vous appelle.

(Jassy, 24 mars/5 avril 1821)

Alexandre Ypsilanti, régent général du gouvernement.

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