little dolls ou le phémomène lolita

Aujourd’hui, l’esthétique est plus présente que jamais. Dans une société où l’image fait partie intégrante de l’environnement quotidien, nous sommes face à un phénomène de normalisation.

D’abord l’exigence de perfection s’est construite autour de la femme, puis de l’homme, et maintenant c’est l’enfant qui est au coeur du sujet. À la fois symbole de l’innocence, centre de la cellule familiale, cible privilégiée des publicitaires, l’enfant n’a jamais été autant protégé et paradoxalement mis en avant en tant qu’objet commercial. De nos jours, les petites filles veulent ressembler à leurs idoles: Lorie, Priscilla, Britney Spears… Le «phénomène Lolita» ne cesse de grandir, il est véritablement ancré dans notre société. Ces enfants-femmes sont visibles partout: à la télévision, dans les magazines, dans les films… La série « Little Dolls » s’inscrit dans une réflexion autour de ce phénomène.

À l’origine de ce travail, la photographie d’une fillette réalisée dans le cadre d’une commande publicitaire pour une multinationale, reine de la standardisation du mode de vie, Mac Donald. Une petite tête blonde sur papier glacé, aseptisée comme le gâteau devant elle, à qui l’on offre à l’issue de la séance une poupée Barbie. De là me vient l’idée d’hybrider son visage à celui du jouet. Une mutation du corps réalisée grâce à l’outil informatique dans la lignée d’artistes comme Aziz et Cucher ou Inez Van Lamswerde. Des travaux où l’on joue des pixels comme le scientifique des gènes, pour recréer l’Homme, l’enfant ici, à sa guise.


Le protocole est toujours le même : une fillette, un gâteau, un fond coloré, les parents. Puis la transformation commence, avec un logiciel de retouche d’image. J’appose un masque sur le visage de la fillette, je remodèle le nez, je lisse les traits et modifie la carnation, je change la couleur des yeux, des cheveux, je la recoiffe. Le décor, la posture, les proportions, tout se standardise. Cette chirurgie esthétique du pixel fait disparaître le réel au profit d’une image entièrement artificielle. Cependant, malgré les liftings et relookages, je tends à conserver une certaine idée de l’enfance. Les cheveux peuvent rester ébouriffés, les ongles ne sont pas impeccables, la tenue, les accessoires sont toujours là, et concourent à produire un « effet de réel » qui laisse son identité à chaque image. Un mode opératoire qui conduit à une forme de normalisation des personnalités.

Des images d’une « inquiétante étrangeté », des photographies qui séduisent et dérangent à la fois, du fait de cet « écart minimal » de la représentation. Des images qui se veulent comme des bonbons, colorés mais acides. On retrouve cet « écart minimal » dans la reprise formelle de la photographie d’anniversaire. Ce rituel social qui réunit la famille autour de l’enfant flirte ici avec le cliché publicitaire, de petites filles devenues femmes, en la recherche d’une éternelle jeunesse. Car à travers la présence systématique des adultes dans l’image, ces portraits posent tout autant la question de la féminisation de l’enfance, que celle de la projection des rêves des parents sur leurs enfants. Comment ne pas penser ici au concours de beauté pour petites filles. Ce phénomène, répandu aux Etats-Unis sous le nom de « Miss Beauty Children », propulse les fillettes dans le monde de la compétition de la plastique. C’est aussi et surtout l’occasion pour les parents de réaliser leurs rêves au travers de leur progénitures. Ils transposent les normes de la beauté adulte, et par là leur rêve de réussite.

La série « Little Dolls » est ambiguë. À la limite de la photographie familiale et de l’imagerie publicitaire, la représentation oscille entre la féminité et l’enfance, le fantasme et la réalité. La technologie numérique s’infiltre subtilement dans l’image tout comme les codes esthétiques des adultes ont imprégné le monde de l’enfance. La création photographique numérique que je présente avec ces « Little Dolls » se veut avant tout miroir de notre société, reflet des rêves des enfants et des fantasmes de leurs parents.

Texte d’Alain Delorme, nov 2006

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One Comment

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