un livre que je dois acheter je crois….

Il s´appelle : Comment vivre ? de Sarah Blakewell.

et il est sous-titré : Michel de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse.

en voici les premières pages:

“Le XXIe siècle est plein de gens imbus d’eux-mêmes. Plongez une demi-heure dans l’océan virtuel des blogs, des tweets, des (you)tubes, des (my)spaces, des face(book), des pages et des pods, et vous verrez surgir des milliers d’individus fascinés par leurs propres personnes et essayant d’attirer l’attention à grands cris. Ils s’épanchent; ils se «livrent», ils tchattent et mettent en ligne les photos de tout ce qu’ils font. Extravertis dénués de toute inhibition, ils se regardent le nombril comme jamais ils ne l’ont fait. Lors même qu’ils sondent leur expérience privée, bloggers et networkers communiquent avec leurs semblables dans un festival communautaire du moi.
Des optimistes ont essayé de faire de cette rencontre mondiale des esprits la base d’une nouvelle approche des relations internationales. L’historien Théodore Zeldin a lancé un site, «The Oxford Muse», qui invite les gens à concocter de brefs autoportraits en mots, à décrire leur vie quotidienne et ce qu’ils ont appris. Ils les mettent en ligne pour les donner à lire et susciter des réactions. Pour Zeldin, le dévoilement de soi partagé est la meilleure manière de faire naître la confiance et la coopération à travers la planète, en remplaçant les stéréotypes nationaux par de vrais gens. La grande aventure de notre époque, dit-il, est «de découvrir qui habite le monde, un individu à la fois». L’«Oxford Muse» fourmille donc d’essais personnels ou d’entretiens avec des titres du genre :

Pourquoi un Russe qui a fait des études fait des ménages à Oxford
Pourquoi être coiffeur comble le besoin de perfection
Comment écrire un autoportrait vous montre que vous n’êtes pas celui que vous croyiez
Ce que vous pouvez découvrir si vous ne buvez ni ne dansez
Ce qu’une personne ajoute à ce qu’elle dit dans la conversation quand elle parle d’elle par écrit
Comment réussir quand on est paresseux
Comment un chef exprime sa bonté.

En décrivant ce qui les rend différents de tous les autres, les contributeurs révèlent ce qu’ils partagent avec tout le monde : l’expérience de l’humanité.
Cette idée – écrire sur soi pour tendre aux autres un miroir où ils reconnaissent leur propre humanité – n’a pas toujours existé. Il a bien fallu l’inventer. Et, à la différence de maintes inventions culturelles, on peut l’attribuer à une seule personne : Michel Eyquem de Montaigne : noble, magistrat et viticulteur, qui vécut dans le Périgord de 1533 à 1592.
C’est tout simplement en le faisant que Montaigne en conçut l’idée. Contrairement à la plupart des mémorialistes de son temps, il n’écrivit pas pour rapporter ses prouesses et ses réalisations. Pas davantage il ne coucha par écrit la chronique des événements historiques dont il fut le témoin direct, quand bien même il aurait pu le faire : au cours des décennies passées à incuber et écrire son livre, il vécut une guerre de religion qui faillit détruire son pays. Appartenant à une génération flouée de l’idéalisme prometteur dont jouissaient les contemporains de son père, il s’adapta aux misères publiques en concentrant son attention sur la vie privée. Il survécut aux troubles, supervisa son domaine, trancha des affaires en sa qualité de magistrat et fut le maire de Bordeaux le plus accommodant de son histoire. Dans le même temps, il composa des textes exploratoires, sans attaches, auxquels il donna des titres simples :

De l’amitié
Des cannibales
De l’usage de se vêtir
Comme nous pleurons et rions d’une même chose
Des noms
Des senteurs
De la cruauté
Des pouces
Comme notre esprit s’empêche soi-même
De la diversion
Des coches
De l’expérience

Au total, il écrivit cent sept essais de cette nature. D’aucuns couvrent une page ou deux ; d’autres sont beaucoup plus longs, en sorte que les éditions les plus récentes de la série complète couvrent plus d’un millier de pages. Ils proposent rarement d’expliquer ou d’enseigner quoi que ce soit. Montaigne se présente comme quelqu’un qui s’est contenté de coucher par écrit ce qui lui passait par la tête lorsqu’il prenait sa plume, saisissant rencontres et états d’esprit comme ils venaient. Et de ces expériences, il fit une base pour se poser des questions, par-dessus tout la grande question qui le fascina comme elle fascina tant de ses contemporains. Deux mots tout simples suffisent à la formuler : «Comment vivre ?»
A ne pas confondre avec la question éthique : «Comment doit-on vivre ?» Les dilemmes moraux intéressaient Montaigne, mais ce que les gens devraient faire l’intéressait moins que ce qu’ils faisaient vraiment. Il voulait savoir comment vivre une vie bonne, par quoi il faut entendre une vie correcte et honorable, mais aussi une vie pleinement humaine, satisfaisante et florissante. Cette question l’amena à la fois à écrire et à lire, car il était curieux de toutes les vies humaines, passées et présentes. Il ne cessait de s’interroger sur les émotions et les mobiles qui poussaient les gens à agir ainsi qu’ils le faisaient. Et comme il était l’exemple le plus proche qu’il eût sous la main d’un être humain vaquant à ses occupations, il s’interrogea tout autant sur lui-même.”

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Bleeding Squares, Liza Quinones

je dois l´acheter, n´est ce pas? et vous?

 

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