un fantôme qui vient hanter les générations suivantes

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L’écriture autobiographique met en scène une attestation d’identité et accompagne fréquemment la (re)construction d’un espace psychique. Parfois, cette écriture de soi intègre l’inscription du sujet dans sa généalogie et prend en compte les filiations familiales. Elle se rapproche alors du travail effectué en psychanalyse transgénérationnelle qui s’appuie non seulement sur le vécu individuel, mais également sur le vécu familial.
Tout comme le récit, le travail thérapeutique sur son arbre familial constitue à la fois une introspection et une exploration. Sa spécificité est d’entrer en contact avec des mémoires transmises et des empreintes, de repérer dans son histoire familiale ce qui s’est vécu et surtout mal vécu, ce qui a été tu et s’est répercuté sur plusieurs générations, ce qui parasite encore le présent.
Dans l’approche transgénérationnelle, on constate en effet qu’un événement traumatique non élaboré peut resurgir deux ou trois générations plus tard et autant de fois que nécessaire jusqu’à ce qu’il puisse être reconnu et parlé. Lorsqu’un trauma à une génération donnée n’a pas pu être élaboré, c’est-à-dire lorsqu’il n’a pas été parlé, lorsqu’il a été caché ou travesti, comme souvent dans les histoires où il est question de mort brutale ou précoce, de deuil non fait, de déracinement, de sexe, d’abus, d’abandon, d’illégitimité, de honte sociale, de maladie, de faillite, d’emprisonnement, il se trouve encrypté et se transmet sous la forme de ce que la psychanalyse appelle un fantôme qui vient hanter les générations suivantes. La tentative de combler cette absence de paroles, ce non-dit, cette lacune, mobilise les descendants dans un travail psychique incessant qui peut occasionner différents troubles psychiques et symptômes corporels. Cet inconscient familial se révèle actif en chacun de nous et dans chaque lignée. Les transmissions directes ou indirectes expliquent ainsi les empêchements et les répétitions de scénario qui affectent notre vie et dont nous ne trouvons pas d’explication dans notre propre vécu. Il faut alors souvent remonter sur trois ou quatre générations pour faire le lien avec le point d’origine occulté.
La psychanalyse transgénérationnelle engage donc chaque individu à prendre conscience des transmissions familiales et loyautés invisibles qui déterminent inconsciemment ses choix de vie, et l’amène à discerner ce qui lui appartient en propre.Elle permet de s’inscrire en tant que sujet de son histoire, de se séparer de certains poids du passé, de sortir de la reproduction de mécanismes hérités. Dans cette recherche qui consiste à recontacter le passé pour s’en séparer, l’individu se reconnaît comme issu d’une histoire et s’affirme parallèlement comme existant à sa place spécifique. S’interroger sur ses propres filiations, reconsidérer les trajectoires sociales, familiales, géographiques permet à la fois de saisir ces différentes déterminations et de se positionner différemment. Un nouveau réseau familial apparaît alors, un socle transformé sur lequel se réinscrire autrement.
Dans cette démarche, les photographies peuvent servir de vecteurs pour explorer la mémoire familiale et les souvenirs personnels, et accéder à une élaboration symbolique de son histoire. Les photos conservées, exposées, scénarisées constituent le corpus visible de la mémoire. Elles permettent de recontacter un passé familial et de s’en distancier, de porter un regard extérieur, donc un regard de sujet sur le roman familial tel qui a été transmis et qui ne correspond pas forcément à la réalité.
« Plaques de révélation de l’inconscient familial, les photos nous engagent à revisiter notre généalogie et notre enfance. Elles réveillent des souvenirs, des sensations diffuses, déclenchent des associations, révèlent des zones d’ombre, des non-dits, éclairent la face cachée derrière l’image idyllique de la famille. Par- delà leur fonction de représentation sociale et de catalogage des lignées, elles cristallisent les fonctionnements et les dysfonctionnements du groupe et rendent visibles le mécanisme du collectif et le vécu de chacun de ses membres. Symptômes et vecteurs de l’histoire familiale, elles ont enregistré et gardé en latence des pans d’histoire que l’on ne soupçonnait pas ou que l’on ne prenait pas en compte, et nous invitent à les réinterroger. (…) L’image devient alors parlante pour celui qui a besoin de comprendre ce qui fait obstacle dans sa propre vie. Telles des pièces à conviction énigmatiques ou identifiées, entreposées dans les sous-sols de la mémoire collective, ces photos a priori banales témoignent d’un événement spécifique qui a eu lieu et se tiennent à la disposition des descendants enquêteurs jusqu’à ce que l’affaire familiale soit élucidée. »

(Extrait de Ces photos qui nous parlent, Une relecture de la mémoire familiale, Christine Ulivucci, Payot).

L’analyse transgénérationnelle consiste donc à transformer l’héritage en soi pour laisser surgir ce que chacun peut faire de sa propre vie. La singularité du sujet se construit ainsi au fil du retissage de l’histoire familiale.” Christine Ulivucci

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