ton héritage.

En tant que fille de mère narcissique, j´ai survécu – je veux dire psychologiquement – de justesse. La seule manière de sauver quelques miettes de mon existence a toujours été de m´extraire, de fuir, de me couper, de me séparer, de m´éloigner, de me protéger et ainsi de continuer et de contribuer aussi à la conservation extrême du secret. Un secret qui est le fruit d´un héritage lourd d´une famille déracinée et maltraitée. Je voudrais tant parler des privations psychologiques et des abus de cette mère que je ne comprenais pas, et que je commence seulement à décrypter depuis quelques années. Mais toujours toujours je remets au lendemain, et cette note traîne là, en draft, depuis bien longtemps….

Ma mère se camouflait derrière un visage toujours rayonnant, lumineux et sa vie complètement insolite faisait toujours illusion, elle était toujours battante, toujours en avant, toujours à annoncer les drames et les sacrifices qu´elle a fait toute sa vie – pour ceci, pour ceux-là et évidemment pour ses enfants!

Prise au piège de ma petite enfance, j´ai été victime d’une mère qui a été incapable de m´aimer. Et en écrivant ce premier paragraphe, comme le chemin fut long et que l´on ne se guérit jamais de “cela”, je me sens (très) coupable – surtout de cracher dans la soupe de celle qui a tellement fait pour “nous”. Mais mon être, ma personne, mon vie a été méprisé, et des années plus tard, je lutte toujours. Je n´ai jamais été assez bien, je n´ai jamais été “assez”…devant elle qui était si formidable, si belle, si extraordinaire! Le conflit qui devait naitre d´une telle relation a été souvent violent et a connu des étapes douloureuses surtout pour ma soeur je dois reconnaitre.Evidemment, tout ce que je dis parait si injuste vis-à-vis d´elle….Chaque mot, chaque pensée me parait fausse…et j´ai envie de tout effacer! Je ne le ferais pas… Je me dois d´écrire et je me dois aussi le souvenir, afin de pouvoir me délaisser de tout ce poids, enfin un peu me libérer et peut être sans doute libérer les démons qui pourraient venir frapper à la porte de ma nouvelle famille.
Je lis que la mère narcissique fusionne psychologiquement avec sa fille. Sa froideur et son manque d’empathie affecte son enfant dès la naissance. Ces mères traitent leurs filles non pas comme des individus uniques mais comme des extensions d’elles-mêmes. Les mères narcissiques vont saboter les efforts de leurs filles tendant à devenir des personnalités distinctes. La mère narcissique est jalouse de sa fille à tous les niveaux. Cela devient particulièrement manifeste lorsque l’enfant devient adolescent.
Je me souviens encore de moments très précis où la compétition faisait rage dans la maison. Elle était souvent absente (en tout cas d´après mes souvenirs); elle sortait beaucoup pour compenser sa vie d´avant, la mauvaise vie que mon père lui avait fait subir et ses mauvais traitements sur lesquels elle se tait et laisse planer un poid plus lourd que la vérité. Elle étalait souvent ses rancoeurs à son égard au grand jour et surtout devant ses deux filles qu´elle abreuvait quotidiennement de “ton père ceci, ton père cela…”. Ses tenues, ses habits, ses frasques si élégantes pour tous, étaient souvent plutôt gênantes pour moi, même si parfois avoir une maman “diva”, ca pouvait faire bien à la sortie du l´école, il faut le reconnaitre. Elle mettait tout le monde en extase et engendrait une avalanche de déclarations, de compliments. Elle devait absolument s´habiller, se parer, s´exhiber – plus encore quand nous étions adolescentes. Il est vrai qu´elle était jeune et belle. Un schéma classique sans doute! Et les hommes étaient fous d´elle. Je ne sais pas vraiment si c´était l’envie de rivaliser avec ses filles ou si il émanait d´elle quelque chose de naturellement provocateur, naturellement attirant, mais tout tournait autour de sa beauté, de sa personnalité, de sa féminité. L’emprise hypnotique qu’une mère narcissique a sur sa fille peut être si forte et pathologique que l’enfant ne sait plus ce qu’elle pense ou ressent. La mère narcissique s’attribue le crédit des réalisations de sa fille en même temps qu’elle critique sans cesse et rabaisse son enfant pour avoir pris des initiatives ou avoir eu des idées créatives. La fille qui ose penser pour elle-même ou qui tend à s’individualiser psychologiquement est fortement critiquée, étiquetée comme un rebelle et rayée de tout rôle significatif dans la famille.
Maman avait un lit rond. Cela faisait parti de sa vie, extravagante. Un des nombreux objets qui faisait parti d´un univers que sans doute faisait pâlir d´envie nos copines, mais qui ne donne pas confiance, ne fait pas grandir sainement et surtout provoque chez une petite fille un sentiment d´insécurité constant, peur qu´elle parte, peur qu´il lui arrive quelque chose, peur qu´elle….
Je me souviens aussi des amies, des amants et des personnes qui l´entouraient. Des personnes qui lui ressemblait le plus souvent, des personnes assez fascinantes, avec qui elle entrait en compétition- toujours – au bout d´un certain temps – et finalement en conflit.
Plus particulièrement je me souviens de cette amie, une grande gueule, une pharmacienne, “croqueuse d´hommes” (j´ai envie de dire elle aussi), une femme avec des cheveux gris, et un grand nez, très mince et très chic et exubérante – qui parlait très fort avec un voix grave d´homme. Elle avait beaucoup de personnalité  – elle vivait seule avec sa fille. Cette femme, dans mon souvenir, est restée figée par une phrase qu´elle cria de l´autre côté de la rue un jour dans la rue, “Do you know Slimline?” à une femme très enrobée qui juste passait par la. (Slimline = une marque d´une cure d´amaigrissement de l´époque) Dans la rue. Comme cela. Cette femme ca pourrait être moi aujourd´hui. Quelle dignité ! Quel joli “modèle” pour une jeune fille de 14 ans qui regarde les adultes pour comprendre, qui regarde ses femmes et essaie de “faire” le monde.
Elle était parfois cruelle, parfois méchante et souvent sournoise envers tout le monde.
J´entendais souvent des discussions malveillantes, à la merci du venin toxique de ma mère, narcissique.

Les mères narcissiques ne sont jamais satisfaites. Si la fille obtient une note B en cours, elle aurait pu avoir A. ” Il suffit de t’appliquer. Quel est ton problème ?” Les mères narcissiques sont obsédées par l’image. Si la fille prise pour cible est légèrement en surpoids, la mère fait des remarques sarcastiques sur le corps de son enfant. ” Tu es un peu ronde, tes bras sont trop épais. Ton amie Sandra est belle et mince. Si tu faisais un peu attention à ce que tu mangeais, tu serais aussi attirante qu’elle .” Les mères narcissiques sont implacablement cruelles et critiques
.

Ma mère portait aussi souvent des jugements sur tout. Les hommes. Les cons. Les profiteurs. Sa mère. Ton père. J´ai créé autour de ces mots, de ces valeurs, une identité tronquée, instable, irraisonnée. Une série de mensonges et de préjugés qui ont certainement fait de ma vie au tout début de ma sexualité, quelque chose de dramatiquement dangereux. Cela a ébranlé ma confiance pendant longtemps. Le temps fut long avant que je puisse réaliser ce qui se passait et que je puisse m´en défaire pour enfin me reconstruire.
Ma mère est narcissique car elle souffre d’un trouble de la personnalité. Elle est totalement centrée sur elle-même. Si vous essayez de parler de vous ou de quelque chose qui vous est arrivé, quelque chose de plus important lui est arrivé. Jamais aucune empathie, jamais aucune réceptivité, souvent exploitant autrui pour en tirer des avantages. Biensur elle est malade, malade de sa propre petite enfance et de cet “abandon” qui l´a souillé pour la vie (sa mère l´a mise dans un orphelinat, à la mort de son père). Mal-aimée ou peu aimée elle a du développer des défenses naturelles qui se sont enracinées en elle de cette façon. Une bien étrange défense, mais un facon de se construire quand même, par défaut…
La plupart des filles de mères narcissiques survivent à cette violence maligne. Elles apprennent à bloquer leurs émotions fortes et évitent les remarques de leurs mères pour se sauver.
Une des premières solutions est de reconnaître qu’elles n’ont jamais eu une vraie mère, une personne qui les aimait et se souciait d’eux en tant que personne distincte, un être humain précieux, et d’en faire leur deuil. Les filles apprennent qu’elles ne sont pas leurs
mères.
J´ai passé ma vie à entretenir des relations dysfonctionnelles avec des hommes qui finalement ressemblaient à ma mère d´une facon ou d´une autre, des êtres abusifs, insuffisants, psychologiquement malformés. Il a fallu beaucoup de travail, beaucoup de lecture, beaucoup de reflexion, pour que enfin à 40 ans je comprenne, j´apprenne et je reprenne ma vie en main pour enfin la transformer. Ma soeur, elle, encore sous l´emprise de cette malédiction et répète encore le schéma psychologique de cette famille dysfonctionnelle. Si un jour elle lit cela, elle pensera que c´est n´importe quoi …
De l’autre côté du miroir de la transformation, les filles de mères narcissiques doivent naître une seconde fois.
Elles doivent prendre conscience de la beauté de leur être, de la beauté de leur esprit et de leur psychisme et de leur capacité. C’est alors qu’elles se deviennent elle-mêmes, authentiques – des âmes pleinement vivantes.
————-
after having written and published this on my wordpress account patriciacanellis.wordpress.com some years back, I got the message of a childhood friend, barbara. She wrote:
“If it is any relief to you i can testify that your experience corresponds to what i witnessed.
And strangely my memory goes beyond these observations, to the feeling I always had that you were always the mother in that house. preparing meals, organising Isabelle, and life in general, homework, school etc…while she was lying in that amazing round bed covering herself with Opium by Yves Saint Laurent.
I share that deep sense of insecurity the round bed transmitted to you. Never quite understood how any one or two people were supposed to rest in there, always falling off the edge… Funny in many ways…
Maybe you wonder sometimes how different your life would have been if you had not spent the first 40 years learning to love yourself as she should have. And I am pretty sure many times you have been told “you are the wonderful conscious loving amazing person you are because of your life till now”. and as far as i can see, it is so.
You are a survivor of the most beautiful kind. The kind that shines through all darkness; the kind that comes out of it all bubling with kindness and love sporting a glorious smile.
Pity them for never quite understanding how beautiful life is.”
———-and I have responded.
  1. This comment has reached my heart like an arrow of light and happiness. It brought tears to my eyes because it has been sent out of love, it was written with love, it was love in all its words. I knew I am a lucky person, but I am discovering every day the extend of it. On my path I have met with beautiful souls. One of them is this delicate and strong woman I met as a little girl, Barbara.
    And now after all these years, though we have not met again, and we live in each end of Europe, she brings me this beautiful present, unexpected, and lights up a story of darkness that I thought I was living alone.
    Never under-estimate the eyes of anyone.
    They see.
    And if they see, you are alive for ever.

    Thank you Barbara for sharing this important part of my life. It feels safe now.

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