La petite fille en moi

En 2006, j ´écrivais dans les premières pages roses de ce petit calepin noir.

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Partir et ne plus revenir.

Confronter la réalité me fait mal mais je sens que c´ est nécessaire.

Me faire des idées, me faire des films dans ma pauvre petite tête, ca je sais faire. Et cela ne peut plus durer.

Difficile de s´assumer, de s´accepter et de se confronter au miroir. Son soi. Se mettre à nu. Recommencer. Faire un trait sur le passé. Le regarder droit dans les yeux et lui dire au revoir. Et merci! Tu m´as apporté beaucoup. Je me suis enrichie de toi, mais maintenant, tu dois me laisser, je dois absolument continuer mon chemin seule. Mais que faire de la petite fille qui me protège encore? Que faire de celle qui a eu la maturité et la force de me protéger, de ma famille et moi ? Que dois-je lui dire à elle ? Dois je aussi m´en séparer pour que j´existe enfin ? Est-ce elle qui me barre le chemin du bonheur ? Est-ce elle qui me guide encore après toutes ces années? En tout cas, elle est armée jusqu´aux dents et lui retirer toutes ses armes maintenant équivaut à la déstabiliser complètement et cela sera douloureux surement. Je sens que je me dois également de la protéger. Et c´est le serpent qui se mord la queue!

Le parcours est encore long et je sais qu´il sera difficile. Marcher pieds nus sur des sentiers boueux, des sentiers de pierre, et montagneux n´a jamais été mon fort. Mais tout le monde le fait à un moment de sa vie, non?

Elle. Je dois la remercier et lui dire calmement qu´elle peut maintenant aller s´amuser, jouer, courir, et puis rire. Que je lui rends sa liberté, que sa mission est terminée, qu ´elle a bien travaillé. Ce n´est qu´une enfant. Elle n´a que 8 ans. Une enfant de 8 ans ne doit pas passer sa vie à se battre, à lutter, ni comprendre, ni protéger. Surtout pas cette femme qui prétend être sa mère mais qui est si belle et si libre que c´est à s´en damner. Sa mère est belle et elle veut vivre. Elle sera laide et empêchera le bonheur de la rencontrer. Parfois elle essaiera de faire autrement, d´y croire, de répudier la petite fille et de se laisser vivre, proche d´un amour naissant, beau et encombrant. Parfois, elle se laissera protéger aussi. Elle laissera sa part de fragilité et de faiblesse éclater au grand jour et ceux qui la verront ainsi, démunie, seule, resteront un temps et puis s´en iront. Mais ils resteront dans son coeur. Jamais elle ne leur en voudra de la quitter, de la tromper, de ne plus l´aimer ou de la condamner à ne pas s´aimer. Elle sait que c´est son chemin. Elle comprend mieux que quiconque la signification de ce qui lui arrive, et elle l´accepte. Elle accepte tout. C´est un ballon d´acceptation. Elle peut enfler à l´infini. Elle peut contenir plus encore. Elle peut devenir le plus profond des puits de chagrin, la plus haute des montagnes de la résilience, la plus vaste steppe du monde du déni, et même tout cela en même temps.

Elle résiste. Cette résistance a un prix. Elle le paiera. D´ailleurs elle a du payer la liberté de sa mère, les négligences de sa soeur, l´absence de son père. Elle va même plus loin; elle pense payer les dettes de ces ancêtres. Elle travaille dessus. Elle cherche. Elle bouscule. Elle apprend. Elle veut savoir ce qui lui reste à payer pour se libérer, pour vivre, enfin.

C´est la vie d´une petite fille qui a grandit trop vite.

Je me rappelle maintenant du sentiment que j´avais souvent, de ne pas être d´ici, d´être d´ailleurs, de sang royal!, une enfant abandonnée qu´on allait récupérer tôt ou tard quand on allait se rendre compte de la méprise. Elle a longtemps espéré ceci la petite Patricia avant de comprendre que personne ne viendrait, qu´elle était juste différente, juste un peu plus consciente que les autres. Plus mûre, plus grande, plus grosse, plus éveillée, plus à l écoute, plus débrouillarde, plus prête à tout, pour tout. Un petit soldat prêt à la guerre. A 12 ans je me prenais déjá pour une femme. Je ressemblais à une femme. Mes seins me donnaient déjà l´air dune adolescente de 16 ans. J´ai attiré les regards très tôt. J´ai suscité le désir très tôt. Je l´ai provoqué également.

Mon premier amour était un coup de foudre. mon deuxième une histoire á la Nabokov, puis le grand le beau le merveilleux amour de 11 ans….que des histoires!

Mais je n´ai de cesse de penser à la petite fille de 8ans qui part avec sa soeur et sa mère ailleurs. Vers l´inconnu. Vers les barbares. sans protection. Pour moi c´était l´élément fondateur. C´est ma vie. En tout petit condensé.  C´est le début de moi. De moi maintenant. de moi pendant toutes ces années. qu´a- t-elle pensé à ce moment où on lui a dit “Papa et Maman ne s´aiment plus” ou alors on ne lui même pas dit cela? on lui a juste dit: “Maman s´occupera de vous maintenant” ou encore a-t-elle rêvé mais elle croit avoir entendu “Sois être une grande fille; c´est toi qui protégera la famille maintenant”. Elle ne sait pas. Elle ne le saura jamais. Mais elle sait que c´est que tout commence là. A ce moment là. Un jour de Juillet 1974? Une grand mère grabataire, au lit. Des Klaxons en ville pour accueillir la fin de la dictature en Grèce et le début de la mienne de dictature, d´enfermement. Ma mère de nous expliquer dans sa grandeur d´esprit que les gens qui criaient dans les rues “E E E  E erxete” (“il vient, ils viennent”) c´était pour nous, pour notre arrivée, pour notre nouvelle vie, pour notre famille.

La peur, l´angoisse. Le nouveau. Le vide. Où sommes-nous? Pourquoi? Je n´entends rien de la bouche de ma mère. Elle est muette. Elle est sans doute bien plus occupée par son nouvel amour, rencontré dans l´avion qui nous arrachait à notre vie francaise. Un steward. Il s´appelait Andreas. Pour 3 ans (?) il accompagnerait notre mère (28 ans) dans sa nouvelle vie amoureuse, tumultueuse, libérée, déglinguée. Elle rentrera tard mais la grande fille a maintenant 9 ans et elle peut s´occuper de sa petite soeur la nuit si elle se réveille. Elle rentrera tard mais la grande fille a maintenant 10 ans et elle peut s´occuper de sa petite soeur le matin et préparer le petit déjeuner avant d´aller à l´école.”

A suivre.  

 

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