life

Le syndrome d’anniversaire


La « réaction d’anniversaire »


Anne Ancelin Schützenberger s’est appuyée sur les travaux de Joséphine Hilgard pour explorer le syndrome d’anniversaire dans les cas de cancer. Cette dernière, médecin et psychologue à San Francisco, a étudié de 1952 à 1988 les dossiers d’admission de malades en hôpital psychiatrique et a mis en évidence le lien entre le déclenchement d’une psychose* à l’âge adulte et un événement familial traumatisant. Selon elle, une véritable « réaction d’anniversaire » peut se produire chez un patient lorsque son enfant arrive à l’âge où lui-même a été victime d’un traumatisme. Par exemple, une mère peut déclarer un accident psychotique lorsque sa fille ou son fils atteint l’âge de dix ans, âge qu’elle avait elle-même lorsqu’un de ses parents s’est suicidé.
Cette étude a permis de démontrer statistiquement l’existence de ces syndromes d’anniversaire dans le cas d’épisodes psychotiques. Joséphine Hilgard a également établi le syndrome du « double anniversaire » ou « anniversaires successifs » : ce pourrait être le cas d’une mère de deux enfants qui déclenche un épisode psychotique lorsque son premier enfant a huit ans – âge auquel elle a perdu son père -, puis en déclare un second lorsque son deuxième enfant atteint, lui aussi, l’âge de huit ans. Pour Joséphine Hilgard, ces périodes d’anniversaires correspondent presque toujours à des moments critiques de fragilisation extrême.


L’appréhension de la période d’anniversaire


De la même manière, de nombreuses personnes appréhendent le moment où elles accèderont à l’âge qu’avaient leurs parents quand ils ont été victimes d’un événement traumatique, maladie ou accident, ou même quand ils sont morts. Certaines le craignent d’autant plus qu’elles occupent le même rang de fratrie que le parent en question, qu’elles portent le même prénom ou qu’elles sont nées à une date identique. Ces craintes sont accentuées lorsque l’entourage vit cet événement traumatique comme une malédiction. Le psychologue américain Robert Rosenthal parle de « réalisation automatique des prédictions ». Anne Ancelin Schützenberger, dans ses travaux sur les syndromes d’anniversaire dans les cas de cancer, expose ainsi le cas d’une jeune femme certaine de mourir à un âge précis : « ma mère est morte à 35 ans, je ne dépasserai pas cet âge-là » ; à 35 ans, elle développe un syndrome dépressif qui affaiblit son système immunitaire et favo- rise l’apparition d’un cancer. Cette forme de répétition morbide relève d’un mécanisme connu sur le plan de la clinique médicale : l’idée d’une mort à l’identique d’un parent déclenche une dépression, laquelle entraîne une baisse des défenses immunologiques. D’autres personnes, en revanche, traversent ces mêmes périodes sans fragilisation, généra- lement lorsque la cohésion familiale a été maintenue et que le deuil du parent a été exprimé, partagé, ou encore lorsqu’un réseau social ou une prise en charge psychologique a assuré cette fonction de soutien.
La répétition du syndrome d’anniversaire
Anne Ancelin Schützenberger a également étudié les conséquences somatiques des traumatismes de guerre sur les descendants des victi- mes. Ses études sur génosociogrammes ont permis de démontrer l’existence de nombreuses répétitions d’anniversaire ou de double anniversaire sur deux ou trois générations, et parfois plus. Elle emploie le terme de « stress d’anniversaire » pour qualifier ces périodes de fragilisation qui peuvent conduire une personne à déclencher une pathologie ; si celle-ci dresse son génosociogramme, elle identifiera souvent un phénomène de répétition et aura ainsi la possibilité de s’en affranchir, voire de guérir.


En résumé
Dans une génération, l’un des membres d’une famille meurt à un âge donné, dans des conditions dramatiques, d’une maladie ou d’un accident. À la génération suivante, un descendant peut alors développer, au même âge, selon un phénomène de répétition morbide, une maladie identique ou redouter un accident similaire, répétition que l’on qualifie de « syndrome d’anniversaire ». Si ce syndrome d’anniversaire a effectivement lieu, la génération qui suit peut adhérer à la croyance d’une malédiction familiale qui risque d’engendrer des périodes de fragilisation aux périodes anniversaires de ces événements dramatiques.

{Texte des éditions Eyrolles}

Tarot

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