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La transmission


La question de la transmission a toujours été au centre des différents courants psychogénéalogiques. Comment expliquer, par exemple, qu’un petit-fils de déporté puisse être hanté par les cauchemars de son grand-père ? Tout se passe comme s’il avait lui-même traversé les événements traumatiques de son aïeul.
Anne Ancelin Schützenberger considère deux niveaux de transmission : une transmission consciente ou « intergénérationnelle* », parlée entre enfants, parents et grands-parents, et une transmission inconsciente ou « transgénérationnelle* tue mais véhiculée par les non-dits et les secrets. Elle distingue également divers canaux de transmission.


La vie utérine


Selon Anne Ancelin Schützenberger, la mère transmettrait, dès la vie utérine, certaines expériences à son enfant, d’inconscient à incons- cient. Les recherches analytiques depuis Sigmund Freud sont à cet égard riches en hypothèses. Il semblerait que la mère communique ses propres rêves à son enfant dès le septième mois de grossesse ; celui-ci aurait ainsi accès à l’inconscient de sa mère. Françoise Dolto, quant à elle, postule que l’inconscient de la mère et celui de l’enfant sont reliés, ce qui imprégnerait l’enfant d’événements familiaux sur plusieurs générations. Ceci est à rapprocher des psychodrames qui permettent à certains de revivre une partie de leur vie intra-utérine ainsi que leur naissance. Selon Jacob Levi Moreno, il y aurait une véritable communi- cation d’inconscient à inconscient à l’intérieur de la famille qu’il nomme « co-inconscient familial ».


Les projections parentales


Les projections des parents sur l’enfant, appelées aussi « engrammes », représenteraient un autre canal de transmission. En effet, dès sa nais- sance et même avant, l’enfant est l’objet de nombreuses attentes et projections de la part de ses parents, souvent même de sa famille entière, qui imprime chez lui une sorte de programme de vie concernant son avenir affectif voire professionnel.


Le langage non verbal


Le corps et le langage non verbal pourraient aussi servir de canaux de transmission. L’atmosphère familiale, le comportement et les attitudes des parents, leurs gestes, leurs soupirs… sont autant d’informations perçues par l’enfant sur ce que ses parents ou grands-parents vivent ou ont vécu.

Les deuils familiaux


L’inachevé aurait également un impact: les deuils non faits ou « bloqués » – morts prématurées, injustes, violentes – se transmet- traient aux générations suivantes. Ces deuils, en quelque sorte non digérés, inachevés, constituent pour les descendants un véritable fardeau. En effet, tout enfant hérite des problématiques non résolues de ses parents. L’approche analytique montre que les psychotiques expriment inconsciemment le vécu de leurs parents avant même d’exprimer le leur et que leur discours possède une signification dès lors qu’il est replacé dans l’histoire familiale, sur plusieurs générations.


Les non-dits


Enfin, ce qui est occulté resurgit bien souvent d’une manière ou d’une autre. Lorsqu’une personne souffre, elle choisit la plupart du temps de le taire afin de protéger son entourage et plus particulièrement ses enfants. On voit cependant apparaître chez ceux-ci et chez leurs descendants des troubles psychologiques, voire des maladies psycho- somatiques, indiquant très clairement que les non-dits traversent les générations plus encore que les paroles et tout ce qu’elles véhiculent.

L’approche thérapeutique


Les séances de travail thérapeutique d’Anne Ancelin Schützenberger s’organisent principalement autour de deux axes : un axe psychosocio- logique* et un axe psychanalytique*. Lors du premier entretien, le patient se raconte et parle de sa famille. Il en esquisse les personnages marquants et les temps forts : mariages, séparations, déménagements, accidents, décès, etc. Pour ce faire, il est aidé par un questionnaire précis visant à repérer les coïncidences de dates ou d’événements ainsi que les âges-clés, les éventuelles répétitions, les syndromes d’anniver- saire, les traumatismes et les amnésies volontaires ou involontaires.
Le premier axe de travail consiste en une lecture psychosociologique : les différents événements sont rapportés à leur contexte historique, culturel
et social. Le second axe se réfère à la pratique psychanalytique : on travaille alors sur les associations libres, les rêves et les actes manqués.
Anne Ancelin Schützenberger se démarque cependant des psychanalystes classiques en apportant à son patient une aide toujours très active. Elle pointe, éclaire puis recadre différemment l’événement traumatique ou la maladie, et permet ainsi au sujet de s’engager sur une voie nouvelle, de devenir acteur de sa vie et d’agir sur l’évolution de sa maladie. Donner un sens aux événements, repérer les répétitions à travers les générations est au cœur de sa pratique, qu’elle soit individuelle ou de groupe.

Texte des éditions Eyrolles

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