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Un héritage

J’ai fait un rêve étrange, il y a deux ans et deux nuits.

Nous étions en train de visiter un lieu – qui était un lieu que je connaissais bien apparemment – un lieu de mon enfance – cela ressemblait a un parc d´attraction….? Ou peut-être je l’avais déjà visité en rêve. Marie était avec nous – je dis nous car j’ai entrevu Julie aussi, et un groupe de filles aussi – je me demande dans quelle mesure, toutes les filles de mes derniers stages de transgénérationnel avec Christine U. étaient la…

Nous nous promenions donc, et nous nous sommes arrêtées devant une fenêtre. Il y a avait là sur le rebord deux petits objets très jolis, presque abandonnés, qui ressemblaient a deux petits chandeliers – ils étaient bleus? en céramique? Marie s´est arrêtée pour les observer et les toucher. Et surtout je voyais que ces yeux brillaient et qu’elle les voulait bien…Quand tout à coup quelqu´un (c était une femme) est venue par derrière et presque en la poussant, a pris ces deux objets sous son nez. Je me souviens très bien que nous étions toutes offusquées de la présence de “l´autre”, de son acte. Et biensur du fait que c’est Marie qui était la première sur le lieu…

Quand j’en parle à Marie elle me demande qui t’a dépossédé de quoi. Et cela me parle ….

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Rites de passage

Depuis quelques temps j’ai décidé de ne plus teindre mes cheveux – de laisser faire la nature – de faire venir le gris, le blanc de mon âge. Il était temps. Bientôt 55 ans! Laisser venir cet âge et lui faire de la place dans ma vie. Depuis quelques temps (un peu plus d’un an et demi) je m’essaie a un nouveau “look” nature qui petit à petit je pense est presque devenu (une espèce de) statut.

Et malgré les hésitations du début, comme beaucoup de femmes, je me dis maintenant que je fais le bon choix. Que c’est bien. Que ce n’est pas renier ma féminité. Que c’est même le contraire, c’est l’assumer. Mais évidemment je me pose des questions.


Ainsi, jour après jour, de fil en fil, mes cheveux sont passés de la couleur du chêne sombre ou un peu plus clair selon les saisons (et aussi selon les colorations industrielles durant de nombreuses années!) vers des petits fils argentés – au début assez discret – et puis un peu plus visibles – et qui finalement ont presque envahis tout le devant de ma coupe qui est devenue sacrément grise finalement!

Au début du processus, je me rappelle j’avais bien hésité …j’ai vite fait disparaitre les premiers – biensûr, j’étais encore assez jeune, pas encore mère. Mais très vite la maternité m’a transformée et m’a permis de m’assumer. Je pourrais dire complètement. Rondeurs. Peau dilatée. Seins tombant et déformés.

Et le reste.

Et donc les cheveux?
Teindre ou pas teindre ? Telle fut la question que je me suis posée souvent devant le miroir qui déformait mon image psychique pendant plusieurs années. En fait, on se voit ainsi ou autrement et on se colle cette image contre notre gré parfois.. une sorte d’étiquette…On n’aime pas que les autres en posent sur nous mais alors nous…. nous sommes les premières et les meilleures pour en poser…

Si les « icônes » de féminité sont généralement des actrices, des mannequins, des jeunes, des minces, des botoxées, mon idée de la féminité et de la beauté a (heureusement) toujours été différente. J’ai toujours apprécié la différence, les différences, les rides, l’exubérance, parfois sans l’assumer moi-même (je dois avouer) …mais j’en rêvais toujours un peu secrètement.

Je rêve de l’accepter.

Je rêve de m’accepter.

Mais peut-être enfin, je suis en train de faire exactement ca?

Et de me dire que finalement j’ai pu accepter d’être femme que lorsque j’ai compris qu’être femme est bien différent que d’être féminine ou d’être sexy. Ou d’exister au regard des hommes. Et être femme était bien plus vaste qu’être admirée ou rester fraîche et jeune.

J’ai eu pour ca un modèle exquis qui m’a poussée dans mes retranchements. Ma mère. Être et se battre. Ma mère. Être et prétendre. Ma mère. Être et avoir. Sois belle et tais-toi !

Être femme est si vaste et si multiple que personne ne peut définir ce qu’est être femme.
Et ne me demandez pas ce que le mystère féminin veut dire… Ce que je peux dire c’est que être soi ne se fait pas tout seul et que parfois il faut être deux pour que cela marche.

S’ il est une chose que toutes les femmes ont en commun en tout cas, que l’on ne l’accepte ou pas d’ailleurs ce sont les changements morphologiques que nous allons vivre. Ces changements se heurtent parfois aux attentes que la société a de nous ou par notre éducation, ou par notre soumission, ou celle que nous nous imposons à nous-même.

Une jeune fille, puis une femme, puis une mère, puis une vieille.

Intégrer tous les aspects de la femme toutes les femmes comme dans une magnifique peinture de Klimt.

Gustav Klimt – The Three Ages of Woman is a painting that was completed in Austria in 1905

Lorsque j’ai rencontré le chamanisme et me suis passionné pour les légendes des peuples premiers, pour les hommes et femmes médecine, j’ai aussi beaucoup appris sur moi – sur mon essence même. Le monde invisible m’a toujours fasciné. J’ai appris beaucoup sur des notions et des concepts que je ne connaissais pas auparavant. J’ai compris l’importance des rites de passage. Des saisons. Des marques sur le corps. De la nécessité d’embrasser tous nos êtres et de les accepter.

Mais que sont les rites de passages ? A quoi servent-ils ? A t’on encore dans nos pays (d’occident) des rites de passages qui nous accompagnent dans les différentes étapes de notre vie ? Je me souviens avoir lu etant jeune que dans certaines tribus en Afrique les jeunes garçons devaient rester quelques jours dans la forêt seuls et ne revenir que quand ils auraient tuer un lion et pour preuve devait en rapporter la peau… J’avais trouvé cela terrible et ignoble et inhumain à ce moment là de ma vie – je jugeais avec des yeux et des concepts que je ne maîtrisais absolument pas.

J’ai lu l’autre jour qu’il existait des loges organisées où les femmes qui ont leurs lunes (***) se reposent. Dehors, les grand-mères et les fillettes s’occupent de tout. Les fillettes savent cependant qu’un jour elles entreront dans la loge des femmes. Et les femmes dans la loge, savent qu’un jour elles deviendront à leur tour “grand-mère”, et qu’un châle couvrira leur épaules.


J’essaie tous les jours d’en apprendre plus sur les rites de passage; j’essaie surtout de les intégrer dans ma vie. Car je n’ai pas été éduquée avec. Je dois tout reconstruire. Tout réapprendre.
Et donc avec mes cheveux gris c’est un nouveau rite de passage qui s’accomplit ainsi.


La lune rouge de la Mère a peu à peu laissé place à la lune d’argent de la Grand-Mère
.


Je ne suis pas encore grand-mère socialement parce que ma fille est une toute jeune adolescente. Je ne suis pas encore la vieille grande femme blanche élégante. Je ne suis pas encore la vieille dame toute petite et ronde tout de noir vêtue – celle que l’on rencontre dans certains villages en Grèce. Mais j’avance vers elles. Inéluctablement

Les déesses du temple nous accueillent dans un lieu de recueillement, de prière, de contemplation, d’unité de tous les aspects de la femme. Je souhaite que mon chemin soit encore long pour découvrir encore tous les aspects d’être au monde.

Et libre d’être moi-même, les multiples moi, et que souvent dans mon regard brille les yeux de l’enfant que je fus.

(***)Chez les Amérindiens, l’arrivée de premières menstruations (appelées « lune ») de la jeune fille était l’occasion d’une grande fête en reconnaissance de cette nouvelle étape, source de grande joie pour tous et gage d’avenir pour la communauté. La jeune femme portait désormais en elle la promesse de l’enfantement. La lune de la jeune femme était honorée dans l’allégresse. La jeune femme elle-même était considérée comme une déesse pendant toute une journée. Les grands-mères la préparaient en lui parlant de son nouveau rôle dans la communauté, des mystères féminins et de toutes les choses qu’elle devait apprendre en tant que femme. Les jeunes femmes qui vivaient un tel évènement avaient une très haute opinion de leur féminité et de l’importance de leur rôle sacré au sein de la communauté. Dans notre société actuelle, cette étape, si importante dans la vie d’une femme, passe inaperçu de tous. Parfois même, l’arrivée des premières menstruations est considérée comme une source de désagrément ou de gêne. La nature sacrée de la femme est ignorée par la communauté et par les femmes elles-mêmes. La cérémonie de reconnaissance de la nature sacrée de la femme permet à chaque participante de ressentir profondément sa nature féminine sacrée et de redéfinir, pour elle-même, ce qu’est « être une femme sacrée ». La participante prend un nouveau départ dans sa vie en choisissant d’honorer sa nature sacrée pour toujours. Cette cérémonie est accessible à toutes les femmes.

“sometimes when i look at my hands and wrist i see a old lady. ” ~

“you look so old girl. ancient” ~

that’s how i feel. so freaking old. to old to believe anything modern.

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La vallée des larmes qui ne coulent pas

Tu es mort un jour après mon anniversaire.

Je t’écris un jour après le tien.

Je n´ai pas pleuré le jour ou j’ai appris ta mort. J’ai été sous le choc, traversée d’une multitude d´émotions, refroidie, mais je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas eu à retenir les larmes; elles ne sont pas venues.

Je n´ai pas pleuré le jour ou je suis arrivée à l’hôpital Saint Jean de La Rochelle et qu’on m’a tendu un grand sac poubelle jaune avec tes “petites” affaires. Un iPhone S ancien modèle dans sa pochette en cuir blanc vieillie, un chargeur, une trousse de toilette toute aplatie, avec des traces de dentifrice un peu partout, salie, une brosse à dent très usée, une brosse à cheveux en plastique, rose, ronde, et plate, un tube de crème pour les mains sèches, un tour de cou bleu avec les clés de chez toi – que je perdrai d ´ailleurs dans les quelques heures suivantes, je ne sais où – un acte manqué incroyable, un t-shirt blanc géant, sans forme, un bas de pyjama jogging bleu-gris élimé, des pantoufles en cuir avachies, une boite plastique ronde avec du liquide pour ton dentier, qui s’était ouvert et avait inondé tout le reste dans le sac.

Je n´ai pas pleuré le jour où je suis rentrée dans ton appartement, dans ton hall d´entrée, dans ta cuisine, dans ta salle de bain, dans ta chambre et de constater que tu avais dû partir assez vite quelques jours auparavant, sans faire ton lit, sans faire ta vaisselle, sans prendre ton chapeau ou mettre ton manteau, dans la douleur, seul, sans doute aux bras de deux jeunes infirmiers, en ambulance.

Je n´ai pas pleuré quand on m´a dit que tu étais nu dans la chambre froide et que je devais passer au bureau mortuaire avec des habits. Je n’ai pas pleuré quand j´ai choisi les plus beaux vêtements que tu avais dans ton placard, ceux qui étaient sur un cintre et entouré d’un plastique protecteur. J’ai choisi ton beau costume en laine que tu ne mettais que très peu ces dernières années, c’est vrai que les occasions, les fêtes étaient moins nombreuses, et puis ton beau chapeau feutré, un peu Al Capone….et tes belles chaussures en cuir. J´étais assez préoccupée par les couleurs, qu´elles aillent bien ensemble et que la chemise ne soit pas trop serrée. Je me me suis vraiment investie comme dans un rituel. Te trouver les plus beaux vêtements pour ton dernier voyage. Je ne sais pas pourquoi ce moment et ce choix était si important pour moi… mais je me suis dit que tu aurais voulu être bien habillé – être chic.

Je n’ai pas pleuré quand je me suis rendue à l’évidence qu´avec la situation de crise actuelle, tu n’aurais pas de cérémonie religieuse, pas de si tôt, mon pauvre Papa.

Je n´ai pas pleuré le 22 Septembre 2020 à 16h00 quand ta crémation a été organisé au Père Lachaise, sans famille, sans ta fille, sans ma soeur, sans la tienne. Sans personne.

Je n´ai pas pleuré quand on est venu me rendre, juste avant ta crémation, la petite chaine en or avec la croix orthodoxe, celle que tu portais toujours autour du cou. Je revois des photos de toi et tu l’as toujours. quand l’as tu acheté? L’as tu reçu en cadeau? Est ce une croix de baptême, elle est si petite si vieille et si fragile…

Je n´ai pas pleuré quand j´ai vidé ton frigo témoignant des derniers repas que tu avais fait, les choix culinaires étranges fait de roll-mops et de pommes de terres vapeurs. Une bouteille de vin blanc entamée. Et des yaourts aussi.

Je n´ai pas pleuré quand j´ai dû écrire un email à ton club de gym pour dire que tu étais décédé et que tu n’y retournerais pas.

Je n´ai pas pleuré quand j´ai appelé ta grande soeur pour lui annoncer la nouvelle. Elle n’a pas pleuré non plus.

Je n´ai pas pleuré quand le bureau funéraire avec lequel tu étais en train de refaire des travaux sur le caveau familial m’a annoncé que tu leur devais encore 9000 euros et que la concession n’était pas prête à te recevoir.

Non, je n’ai pas pleuré pour tout cela.

Tous ces événements petits et grands.

Toutes ces images petites et grandes.

Tous ces paroles petites et grandes.

Tous ces émotions petites et grandes.

Mais j´ai pleuré le dimanche suivant, quelques minutes avant 11 heures.

Les larmes ne sont pas venues de là où elles sont censées venir. Elles ont fait le chemin inverse – elles sont venues du bas. Elles sont venues de mon ventre. Comme un jaillissement. Comme une douleur. Elles n´avaient pas encore la forme et la substance des larmes. Puis, elles sont remontées et m’ont prises à la gorge et là ca serrait. Puis au bout de quelques secondes, elles ont fini par prendre leur forme et leur consistence. Elles sont se mises à couler de mes yeux.

Le dimanche 27 septembre 2020.

A 11h00 précise.

L’heure où depuis plus de 10 ans nous avions notre rendez vous hebdomadaire, notre coup de fil sur viber, qui ne pouvait pas être annulé ou reporté sous peine de stress et de grosses angoisses de ta part. A 11 heures pile, c´était notre rituel. Tous les dimanches, nous papotions comme tu disais, ou plutôt tu papotais toi, car moi tu ne me laissais généralement pas trop parler, et puis depuis quelques temps je savais que tu n´entendais plus trop bien, et puis, tu avais toujours tellement de choses a dire. Tu préparais toute la semaine une petite liste de choses a ne pas oublier de me dire. Une liste écrite à la main, avec des points que tu rayais au fur et a mesure que tu avais fini. Ne pas oublier. Ne pas interrompre. Ne pas te faire perdre le fil. Quand tu avais fini tous tes points, vers 11h20, tu disais alors:

-Bon voila, j´ai fini, c´est tout ce que j´avais sur ma petite liste des choses à te dire. Alors et toi ? Et le boulot ? Tout va bien, n´est ce pas?

Tu n´attendais pas ma réponse et tu continuais.

-Et Alfie, elle va bien? Elle est pas à l´école aujourd´hui hein? Elle est bonne élève hein? Ah, elle est comme sa mère!

Généralement, je n´avais pas trop le choix, ni la place, ni envie, je répondais par de petits oui oui. Et parfois je placais de petites banalités …il fait beau, il pleut, il neige…

C’était toujours le même rythme, la même rengaine, les mêmes mots presque, la même incantation, la même stabilité. La même histoire. Quelque chose qui te rassurait. Et je savais qu´en étant là, stable, présente, silencieuse ou presque, quelque chose d´important se passait.

Tu ne supportais pas le changement, ni les surprises, ni les annulations. Tu détestais ne pas savoir. Ne pas prévoir. Je me souviens d´un dimanche d´été où je n´étais pas à notre RV. Un dimanche de Juillet à 11h00. Je faisais un stage, loin. Les mobiles ne passaient pas. Tu avais appelé et laissé plusieurs messages, en vain. Tu t´étais fait un sang d´encre. Tu n´en avais pas dormi de la nuit. Et puis, le jour d´après, quand j´avais répondu, tu étais très en colère contre moi. Rater un dimanche, ca ne se faisait pas!

Alors maintenant et pour de nombreux dimanches à venir, ce sera toi qui ne répondra pas. C`est toi qui ne sera pas là au RV. Tous les dimanches, je regarde mon télephone a 11h00 et je sais qu´il ne sonnera pas.

Et mes larmes n´en feront rien.

(Ecrit le 23 janvier 2021. Publié le 14 Avril 2021).

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Les Fantômes Familiaux

«La plupart des fantômes transgénérationnels sont issus de ces traumatismes anciens qui n´ont pas pu être élaborés dans la parole»

Bruno Clavier, psychanalyste et psychologue clinicien tient sa pratique, son enseignement et également son inspiration de Didier Dumas, psychanalyste et écrivain dont il continue l´œuvre à travers le « Jardin d´idées » une association fondée par lui-même et sa femme Danielle Flaumenbaum. Bruno Clavier est l´auteur de deux ouvrages, celui-ci paru en 2013 et un plus récent, intitule «Les fantômes de l´analyste» paru en 2017.

Les Fantômes Familiaux – Psychanalyse Transgénérationelle est un ouvrage concis, rédigé dans une langue très abordable et accessible pour tout lecteur qui souhaiterait comprendre ce qu´est la psychanalyse transgénérationnelle et ce qu´elle peut apporter dans la résolution de certains symptômes chez l´adulte, comme chez l´enfant.

A travers son expérience personnelle et face à son parcours atypique, Bruno Clavier nous raconte dans une introduction très courte de quelques pages ses interrogations vis à vis de la psychanalyse traditionnelle. De façon très franche, il décrit sa méfiance face aux thérapeutes et à la psychanalyse, et comment au départ il ne souhaitait surtout pas être psychanalyste ! Il raconte également qu´il n´envisageait pas d´écrire, l´écriture étant une tache très fastidieuse pour lui. Il s´est donc d´abord formé à la psychogénéalogie et mis en place une pratique faite de protocoles courts de façon à aider efficacement les patients qui souffraient. Puis il raconte comment finalement par la force des choses, il s´est résolu à devenir psychanalyste – et à écrire !

Regroupant les thèmes fondamentaux du « fantôme transgénérationnel » ou « Comment l´inconscient des enfants garde le traumatisme des parents », cet ouvrageprésente de nombreux cas cliniques, auxquels nous pouvons facilement nous identifier. Ainsi sont analysées des morceaux de vies et des traumatismes qui, «reliant psychanalyse et psychogénéalogie, nous invite à la découverte de l´étonnant pays des fantômes familiaux, là où tout ce qui n’est pas dit est répété

Bruno Clavier nous fait entrer dans son cabinet et à l´aide de l´analyse d´événements familiaux, nous le suivons pas à pas dans sa logique de thérapeute afin de mettre en lumière et résoudre ce qui fait symptôme. Il demande d´ailleurs souvent à ses patients de rechercher séance après séance des détails supplémentaires afin de décortiquer morceaux par morceaux, les origines des troubles et des empêchements de chacun des cas exposés.

«Par l´étude de l´arbre généalogique, mis à plat de façon exhaustive, les noms, prénoms, dates de naissance, de mariage, de mort et de traumatismes des aïeux sont autant de traces de ces tremblements de terre originaux capables de provoquer bien longtemps après de véritables tsunamis familiaux.»

Ainsi, le parcours amoureux d´Isabelle est assez compliqué et elle n´arrive pas à être satisfaite avec les hommes qu´elle rencontre. Elle est affectée par un «syndrome du prince charmant» transmis par toutes les femmes avant elle, ce qui ne l´aide pas à s´ancrer dans ses relations ou à être heureuse dans son couple. Cyril lui est un véritable «Don Juan» comme on dit ; il est incapable de se fixer avec les femmes qu´ils rencontrent. Ces deux exemples pourraient paraitre sans doute anecdotiques ou analysés comme symptomatiques de notre époque, s´ils ne portaient pas en eux la véritable souffrance et les stigmates de leur origine : les secrets transgénérationnels non-élaborés et l´absence de transmission féminine/masculine dans notre société.

Le cas d´Evelyne est aussi très révélateur: enfant, elle a subi un inceste. Bruno Clavier nous démontre à travers des détails très précis que ce qu´il se passait dans cette famille – par exemple les portes ouvertes quand les actes se perpétuent, les fessées données aux enfants nus, mouillés, dans la salle de bain, toutes ces violences ordinaires et extraordinaires – sont absolument le signe d´un total disfonctionnement qui peut avoir des conséquences terribles pour des générations entières ou se transmet l´inceste de façon insidieuse. L´inceste induisant souvent l´incestuel, et l´incestuel fabriquant l´inceste, nous apprenons également qu´à travers ces incestes, il est souvent question de mort.

«C´est en réalité bien plus la question de l´angoisse de mort et du deuil impossible qui est sous-jacente à celle de l´inceste. Si un père, par exemple a des rapports sexuels avec sa fille, il en fait sa femme, elle n´est donc plus sa fille. S´il n´en est plus le père, il n´est plus mortel puisqu´avoir un enfant, c´est accepter qu´une génération nous succède et c´est se préparer symboliquement à mourir. L´inceste provoque un écrasement des générations. Au-delà des traumatismes sous-jacents, il est avant tout une tentative de réassurer et d´assurer illusoirement vie au parent face à son angoisse de mort. Il s´agit d´un retour en arrière.»

Ce qui semble fondamental pour l´auteur, et cet ouvrage le démontre parfaitement, c´est la résolution rapide, surtout avec les enfants, des symptômes de ces patients. Il reprend à plusieurs reprises l´image de la «patate chaude» que les thérapeutes utilisent souvent pour parler des non-dits et des secrets que l´on se repasserait de générations en générations. Bruno Clavier va lui plus loin et rectifie l´image, en décrivant ceci plutôt comme une «grenade dégoupillée qui peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu´à ce qu´elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles.» 

Cet ouvrage est très riche d´exemples d´histoires d´enfants reçus en consultation avec leurs parents, et qui présentent des symptômes parfois très graves, tels que des autismes, des psychoses, ou bien des retards de développement, des obsessions ou des angoisses. C´est souvent à l´aide de dessins (que les enfants posent dès la première séance) que la clé inconsciente intervient et aide à décoder les traumas. Par exemple, les phobies des aiguilles et des médicaments d´un enfant de 6 ans qui revit dans ses angoisses les avortements de ses ancêtres, et la fausse couche de sa mère.

«Cette phobie correspond bien à ce qu´en avaient dit Nicolas Abraham et Maria Torok: toute phobie est liée à un fantôme c’est à dire quelle vient inscrire son origine soit dans un secret soit dans un traumatisme situe à une génération antérieure.»

Ainsi, la guérison, après uniquement quelques séances, de Luc un petit garçon constipé qui se retenait pour ne pas faire mourir (à nouveau) son père n´en est pas moins spectaculaire.

«Luc s´était donc fait une sorte de tombe intérieure, dans son ventre, a l´image de celle dans laquelle reposait son père, dans laquelle il tentait de conserver le plus possible ses excréments comme pour les garder vivants.» 

Ce qui est vraiment fascinant dans cet ouvrage, c´est la façon que l´auteur a de nous mener subtilement dans la logique transgénérationnelle, à la recherche d´indices et en suivant un cheminement bien précis vers une interprétation plausible et rationnelle; il défait ainsi le fil de sa pensée en nous donnant des clés de compréhension pour la résolution des symptômes et ceci, pas à pas, non sans parfois nous en montrer les difficultés et les possibilités de fausses pistes. Il nous montre également de façon humble et justifiée, les limites de l´analyste.

«Cette communication inconsciente originaire fait que la relation entre l´analyste et celui qu´il reçoit peut confondre ainsi les espaces psychiques et corporels de façon étonnante. Cela va au-delà de ce que la psychanalyse nomme le contre-transfert, la réaction intime de l´analyste face à celui qu´il reçoit: il peut devenir l’autre et l´autre peut devenir lui.»

Dans la dernière partie, Bruno Clavier se penche sur trois personnalités importantes du XIX siècle: Rimbaud né en 1854, Van Gogh né en 1853, et Freud en 1856. L´auteur tente d´ouvrir de nouvelles fenêtres d´exploration sur leurs vies, pourtant bien connues et sur lesquelles de nombreux ouvrages ont été consacrés.

A travers l´analyse très détaillée et précise de leurs arbres familiaux et des relations qu’ ils entretenaient avec leurs parents et les autres membres de leurs familles, les pertes traumatiques et les évènements dramatiques, nous allons là aussi à la rencontre de nombreux « fantômes familiaux qui ont été à l´œuvre dans ces trois histoires de vie ».

Patricia Canellis

Novembre 2018

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L’étranger, ou l’ailleurs.

Mon grand-père paternel est décédé à Paris dans le 9eme, au 44 rue Taitbout à 9 heures du matin, le 1er mars 1947. Il était en train de se raser, quand soudain, il s´écroule sur le sol de la salle de bain, le rasoir encore à la main. Mon père était déjà à l´école. A peine installé à son pupitre, le principal du lycée serait venu le chercher en lui demandant de rentrer au plus vite à la maison. Ce matin-là, mon père va vivre sans doute son premier grand traumatisme ; il a á peine 11 ans. Les pompiers et l´équipe médicale tentent de secourir l´homme de 54 ans qui saigne abondamment – est-ce sa joue tailladée par le rasoir, ou son nez cassé par la chute sur le lavabo ? Tout sera mis en œuvre pour le ranimer, mais Anastase décède ce matin-là d´une embolie artérielle.

Dans le «Décodage biologique des maladies» Christian Flèche répertorie ainsi l´embolie: « Conflit de territoire. Le thrombus est un amas de sang agglutiné -l´embole- qui représente tous les liens du sang. Lorsqu´il y a amas de plaquettes, un amas de sang, c´est toute la famille qui est là. Mais elle est dans les artères, elle a migré.» Les mots conflit/territoire/liens du sang/migré ainsi que la formulation « c´est toute la famille qui est là » résonne de façon tout à fait particulière en moi et c´est en me basant sur ces mots que je voudrais élaborer quelques hypothèses autour de cette mort soudaine, assez jeune, de mon grand-père.

En 1914-15, alors âgé de 23 ans, Anastase et ses deux frères Georges et Leonidas vivent en Grèce. Ils rêvent d´Amérique. Quand l´opportunité se présente, ils embarquent sur un paquebot en espérant atteindre Ellis Island. Mais faute d´argent, ils devront se contenter de Marseille, brisant ainsi leurs rêves d´Amérique et leur construction intérieure d´un meilleur « ailleurs ». Après un bref passage dans une usine d´armement (MAS) à Saint Etienne, Anastase monte à Paris, et devient tailleur comme de nombreux immigrés grecs de cette génération. Il créé sa famille, épouse Cléopâtre, grecque, elle aussi; ils ont deux enfants. En 1944, ils acquièrent un très grand et bel appartement qu´un Juif, Mr Haas, aurait “laissé” pour partir vivre aux États-Unis. Bien que ce soit l´information transmise par un discours officiel et unique, je doute depuis de nombreuses années sur l´origine de cette acquisition, qui me met toujours très mal à l´aise. Je comprends néanmoins que ce soit la seule information possible, et qu´elle a sans doute permis à mes grands-parents de « vivre avec » et de « vivre dans». Mais pas pour longtemps ! J´y vois également la trace d´un conflit psychique qui pourrait tout à fait être la source même de la mort de mon grand-père. Non seulement n´atteindra-t-il jamais son rêve d´Amérique (alors que M. Haas l´aurait atteint lui?) mais peut-être revivra-t-il dans son cœur, et dans ses artères, le souvenir/la sensation de la déportation (et probablement la véritable raison du départ de M. Haas) de ses ancêtres grecs de Turquie, eux même déportés/échangés/expropriés –et « c´est toute la famille qui est là » ! Comment vivre après cela, comment être libre de cette histoire là?

Dans notre corps, le cœur est le territoire central. Les artères et veines sont le retour vers le cœur, vers le territoire, le foyer, la maison. Et quand je ne peux pas retourner à la maison…je meurs. Au-delà des symboles et des rêves impossibles ou inatteignables, il y a aussi dans cette vie et dans cette mort, le symbole du père qui disparaît précocement, et qui finalement par ricochet et pour la réalisation psychique de mon propre père sera toujours “l’étranger”, symbolisant “l’ailleurs”, le temps perdu des rêves d’enfance.

Un constant aller-retour entre dualité et fixité.

Les Jumelles

Ma mère est peintre. Dans son art (figuratif), elle peint beaucoup de portraits de femmes. Souvent, ce sont deux femmes qu´elle peint. Elle donne à ses tableaux des titres assez génériques ; «deux sœurs » «les jumelles» «les parisiennes». Elle les peint parfois tellement proches les unes des autres que l´on dirait deux siamoises, collées l´une à l´autre par les cheveux ou par la paroi invisible d´un carrousel. Je me suis souvent interrogée sur cette dualité, cette double identité, sans jamais en comprendre véritablement ni l´origine, ni la symbolique que ces femmes pourraient porter en elles.

Jusque mes 20 ans à peu près, nous fêtions l´anniversaire de ma mère tous les 23 juin. En faisant des démarches administratives, elle découvrit un jour des documents attestant qu´elle serait née le 12 juin 1945. Au lieu d´adopter cette dernière date ou de la rejeter, elle gardera (volontairement) ses deux actes de naissances et ses deux identités – l´une sur ses papiers français et l´autre sur ses papiers grecs. Ceci pourrait paraître anecdotique, si cette ambiguïté entre une identité et une autre, entre un pays et un autre, ne venait placer ma mère dans une sorte mouvement de balancier hypnotique – et parfois même assez hystérique !

Ma mère est née à Athènes. Très tôt dans sa vie, elle vivra trois traumatismes importants : 1) Sa mère perd son premier enfant et l´enfante dans un chagrin absolu et un deuil impossible – elle est donc enfant de remplacement 2) Elle perd son père alors qu´elle n´a que deux ans 3) elle est internée dans un orphelinat à 6 ans. Il est donc déjà question, comme ci-dessus, de duos idéalisés, impossibles ou brisés ; tout d´abord avec un frère inconnu qui la précède, ensuite avec un père qu´elle ne connaitra jamais, et puis finalement avec sa mère qui l´abandonnera et qu´elle rejettera jusqu´à sa mort.

En 1964, elle rencontre mon père et quitte la Grèce afin de s´installer en France et y fonder sa propre famille. A partir de ce moment, va s´enclencher un mouvement d´aller-retours incessants entre la France et la Grèce ; une première fois pour fuir un mariage malheureux, une seconde fois pour fuir le quotidien devenu trop pesant, une autre fois encore pour fuir une dépression naissante, installant de façon presque maniaque le déménagement comme solution d´un meilleur ailleurs.

L´événement le plus marquant de la vie de ma mère (son internement dans une institution qu´elle décrit elle-même comme un abandon atroce) me fait comprendre que sa frénésie de mouvement marque son refus d´être abandonnée. Il est vrai qu´en bougeant tout le temps, (et en ayant deux passeports !), elle ne peut pas être « enfermée » ! Mais en bougeant ainsi tout le temps, ne créé-t-elle pas une autre forme d´enfermement, une forme d´homéostasie, qui ne lui permet ni d´évoluer, ni de s´ancrer? Ne s´est-elle pas elle-même enfermée dans un système perturbé, bloquée dans sa petite enfance, à l’âge où les graves manquement de sa mère la marqueront à jamais et crééront une irréparable faille narcissique ?

Entre dualité et gémellité, les peintures de ma mère, créations inconscientes d´un trauma infantile, expriment invariablement tableau après tableau, des duos féminins idéalisés, des identités dédoublées, marquant symboliquement son aliénation et son incapacité individuelle à devenir actrice d´une véritable construction identitaire dans l´espace ou dans le temps.

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Comment mon père est mort

La nouvelle est venue par le téléphone un vendredi 11 septembre 2020. Mais elle était venue avant dans mon ventre et dans mon coeur (voir poste précédent : “the temple journey”).

Au fond, je le savais bien mais je ne voulais pas y croire ou m’y préparer. Mon père avait interdit l’idée même de son départ. Depuis quelques années, alors que c’était un sujet récurrent quelques années auparavant la préparation de sa mort ou une quelconque ébauche de discussion sur sa finitude avait été tue.

Jerome Bosch

Il est donc mort sans un au revoir. Il s’est avancé dans le tunnel blanc sans que quelqu’un lui tienne la main. Il était seul. A l’hôpital. J’ai appris par la suite qu’il avait parlé à sa soeur quelques heures avant de partir. Je suppose donc que c’est une voix et non une main qui l’a accompagné dans la lumière.

Quand je suis arrivée à l’hôpital Saint Louis de La Rochelle, une des choses qui me tenait vraiment à coeur, je voulais bien évidemment poser des questions aux infirmières mais aussi je voulais absolument voir sa chambre. Ce qu’il avait vu avant de fermer les yeux pour toujours. Il était chambre 40013 au 4e étage. Juste en face des infirmières. C’est donc là qu’il a poussé son dernier soupir. Une chambre à deux lits avec un rideau au milieu. Une chambre bleue – d’un bleu hôpital délavé. Le premier lit celui près de la porte et des toilettes. Il y avait déjà un autre malade à sa place – mais nous étions déjà lundi soir et il était décédé vendredi soir.

Le reste des mes actions étaient assez automatiques. Je ne savais plus ou j’étais, ce que je faisais, qui j’étais même. On m’a tendu un sac jaune en plastique avec des affaires – ce qui reste d’un homme qui meurt. Des petites affaires de rien. Une trousse de toilette. Des slips. Un tshirt. Des clés. Un téléphone. Un dentier. On est si peu de choses.

Prochaine étape : l’appartement. Je ne fus pas capable d’y aller le soir même. Je ne sentais pas la force après le vol depuis Oslo et les 550km de conduite. Je ferai cela demain. A la lumière du jour.

Entretemps. Je dois dormir. Trouver un hotel. Me reposer.

Dormir. Rever. Se reposer. Non.

Petit déjeuner non.

Le lendemain. J’arrive devant chez lui. Je ne retrouve pas ses clés. J’ai perdu les clés!!! Panique. Je perds pieds. Je sonne chez sa voisine Nicole. Je lui dis qui je suis. Elle ouvre. Je monte. Elle me dit qu’elle ira voir Alexandre demain. Qu’elle n’a pas eu le temps. Je l’arrête un peu brutalement : il est mort. Elle tombe des nues. Elle est désolée et me dit que c’était toujours quelqu’un qui faisait tellement de choses et actif et bien etc etc.

Elle me donne les clés. J’ouvre. Le temps dans cet appartement s’est arrêté le mercredi 9 septembre au départ de l’ambulance. Les draps sont défaits. Il est juste parti….

(A suivre)

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Mothers (Who Can’t Love)

How thoroughly disturbing to dare to talk about the world’s greatest taboo: Unloving Mothers.
I was born to a woman who could not love.
For long, I have been urged to reconcile with her in many different ways. I have been criticised by many people around me. I have heard the classical “but she gave you life” and the more traditional “honour thy mother”. I’ve been advised to try to understand her because of her very difficult childhood, to understand her because she lacked love herself, because she lacked education….
But most of my life, I’ve been told to suck it up because I need to be positive, go forward, and at the end of the day, everyone else does (!).
My mother suffers from a “narcissistic” syndrome.
I have talked about that many times here (and there). I have worked quite intensively on myself. Followed different types of therapy. I have read a lot and I am trying to write a lot (also as part of the therapeutic process). But it is an endless subject and there is a huge black hole in my heart and soul that needs to be feed with understanding, research and process.
My mother has been desperate and depressive most of her life (and now she is getting old a little more) but she has also been very up (and high). One thing was constant, she was in need and when in need, she was abusive. This came probably as a response to all the above mentioned …
I was always confused as to why my mother could (occasionally) be loving and why everything went down the drain almost the next moment.
The queen mother of all criticism and threats was: “I hope when you have kids, they will not do this to you.”
(quoting a piece which I found somewhere on the net, sorry for not mentioning the source – I cant trace it back) “These kinds of mothers don’t mind you as long as you do what she wants you to do, as long as she has control over you, and most of all– as long as you don’t become a woman. In a lot of ways, I was no more than a piece of property to her. I was deprived and pruned so that I could one day be given away like property then people would see how amazing and strict she was. Thus, she would gain other people’s fear and respect. That was her ambition all along and it didn’t sit well with her that I refused to be treated like a trophy. My world came crashing down when I realized her need for fear and respect from a bunch of faceless people meant more to her than my life and happiness. She had no qualms about trying to break me, thinking I would eventually capitulate. Like many unloving mothers, she wreaked havoc on my conscience. I felt horrible for not obeying her commands. I felt so guilty whenever she reminded me of all she did for me. Like many daughters of unloving mothers, you break in another way be it physical illness or in my case: depression.This book also made me aware of how every experience with an unloving mother will mold the way you go through life. I’ve been on the receiving end of my mother saying: “I wish you were never born” and “You should have died a long time ago”– all in the same breath. However, her destruction did not start when I fell from grace. The tendency to feel responsible for other people’s happiness, feeling guilty if you don’t comply with other people’s wishes, and chasing approval all steams from how your mother raised you. It was such a shock for me to read that love does not have to be earned. I still remember my bridesmaids’ speech during my wedding. They called me loving. They said they loved me. I was speechless and felt that I didn’t deserve it. Sure I love my husband but I never expected much of it back. How bizarre it was for me when he was always there for me and took care of me without a second thought. How bizarre it was for me when a friend pointed out that my husband loves me more than how other husbands love their wives.”

Yes, I will never have a loving mother but that is okay. But I can be a loving mother myself. And just because I never received the nurture I needed, it doesn’t mean that I can’t be a loving mother to my child. On the contrary, I am very conscious and trying to do a lot to be there, to be loving, to be giving.

 

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hello darkness my old friend


This is not easy to write this (sometimes when you are too sincere, people say/think you are crazy) but sometimes the little voice that I have, that we all have in our head, talks very loud. Usually she says ugly things to me, reminding me how darkness is close and how easy it would be to dive in – soft as she is, like a pillow. I am sometimes not really aware that she is there, but she tries to interrupt, that she has a voice but it is more complicated when darker moments are there. Yesterday it was one of these moments and she became really happy. She said you see? I told you. You are worthless. Same old shit goes with you and your stupid family. What is wrong with you guys? How toxic can you be? I knew she was only going to push me into more darkness and she would demand that i follow her, but instead, I took a wise decision. Instead of forgetting her and trying to avoid her, I acknowledged her. I heard her loud and clear and even felt her disgusting breath in my neck. We had a small and silent conversation where I positioned myself out of her circle. Out of her influence. Yes, you are right. Same shit happens all over again. I should do something about it. And so, though she could have dragged me in desperate times and thoughts and probably nightmares where I was banished, excluded, lost all my teeth as a bad (and guilty) person, instead, I allowed myself to go up for air. for once, and took the situation – as if it was a normal case, something not complicated and toxic to handle. A galactic conflict was arranged and missiles were thrown in the direction of me. (instead of missiles I wanted to use the work : “scud” which we use in french and which is borrowed from english “Un scud est à l’origine un terme militaire anglais qui désigne un missile. Son utilisation s’est étendue de façon argotique pour des attaques verbales ou écrites, qui arrivent de façon inattendue et surtout brutale. Exemple : Il s’est pris un scud d’une violence rare ? Ça l’a assommé”) I knew this was going to happen and though the little voice tried to talk to me out of it, I nevertheless thought I was ready for it. 50 years of slavery under the pressure of 2 (or 3) bullies are enough. Now it is time for a liberation. Now it is time to go out of this circle of vampires and look ahead.

Clean my head. Clean my life. Say Stop. Stop the double blind (A double bind is an emotionally distressing dilemma in communication in which an individual or group receives two or more conflicting messages, and one message negates the other. This creates a situation in which a successful response to one message results in a failed response to the other and vice versa, so that the person will automatically be wrong regardless of response. The double bind occurs when the person cannot confront the inherent dilemma, and therefore can neither resolve it nor opt out of the situation.)

And lets see what happens. Is the old world going to go down?

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Its your birthday today: happy birthday my LOVE!

You were born in 1960 and we are in 2017. So today, you are 57 years old. 57 years of wisdom, honesty and gentleness. 57 years of a life that has led you already 11 years ago to our meeting, to building dreams with me. Oh, not complicated ones! not crazy ones! Very simple human dreams: a house, a garden, a baby….

57 years of a life with helping people, helping them understand their pain, overcoming them. 57 years of being yourself, the real you – and everyone is so admirative (how many times they are telling me how amazing you are). And they are so right. You are amazing. I am so lucky to be with you, to have you with me, to have you in my life. I am lucky – also because every day I feel thanks to you, I become a better person. You make me see things differently. You make me understand and grasp things with new eyes. You and Alfie. I am thankful and happy. And I am so looking forward to the next 57 years with you. Happy birthday my Love. I love you.

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