Alfie · psychogenealogy · transgenerationel

Les phobies. Les angoisses. Le transgénérationnel encore….

Alfie a 8 ans lorsqu´elle commence à développer des phobies qui se manifestent par des crises d´angoisse à chaque fois que nous avons le projet de sortir de la maison pour aller quelque part, même juste au magasin à quelques kilometres de chez nous ou pour un plus long trajet. Tout se bloque quand il s’agit de se déplacer – qu´il s´agisse de prendre la voiture ou un quelconque moyen de transport (bus, train, avion). Elle refuse. Elle panique. Elle ne veut pas. Elle pleure. Et puis elle fait «une grosse crise» d’angoisse.

Pour essayer d´expliquer ces angoisses chez une enfant qui fonctionne par ailleurs tout à fait normalement socialement, une enfant qui vit dans un environnement sécurisant et sécurisé, il m’est apparu nécessaire travaillant sur le sujet depuis de nombreuses années, de privilégier certaines hypothèses d´un ou plusieurs événements traumatiques non-élaborés dans l´arbre de ses parents (le mien et celui de Baard) ou de ses grands-parents. En effet, les silences et les non-dits qui planent dans la branche maternelle – mais également paternelle – de ma famille (sa branche maternelle pour elle donc) peuvent laisser entrevoir de nombreux événements traumatiques qui pourraient être la source de ces angoisses et apporter des éléments de début d’explication sur ces phobies.

Une première hypothèse se tisse autour d´une mémoire traumatique de déplacement.

En effet, lorsque j´avais 8 ans, après neuf ans d´un mariage désastreux [1], mes parents divorcent de façon assez brutale et radicale. Ma mère décide de quitter la France où je suis née et partir refaire sa vie en Grèce en prenant avec elle deux valises et ses deux enfants (ma petite sœur qui a alors 6 ans et moi-même). Ce départ est vécu comme un véritable déchirement ; un aller, sans possible retour, précipité apparemment, en avion. Nous sommes en 1974 et cette date marque la fin du régime dictatorial (dit « des colonels » en Grèce). On dit souvent en transgénérationnel que la grand histoire rejoint souvent la petite. Cet événement marquera la fin de mon enfance [2]. Je quitte alors mon pays, ma langue, mon école, mes ami.e.s, (et bien évidemment mon père) pour aller vers l´inconnu, certes le pays de mes ancêtres, mais que je ne connais que très peu à ce moment-là. Nous y avions passé quelques étés mais je n´en ai aucune mémoire heureuse.

Une première piste donc assez évidente se trouve donc ici, et je pense qu´elle se doit d´être explorée. Alfie revit dans sa chair, dans son petit corps et au même âge que moi, mes angoisses de petite fille qui fut arrachée brutalement à son pays, son foyer et à son enfance, exactement au même moment de son (mon) développement. Les images se collent presque l’une sur l’autre. Plus précisement, alors que nous partons en vacances pour “juste” aller voir ma famille à Athènes, elle est prise de tremblements dès qu’elle entre dans la carlingue; une panique immense, elle ne peut plus respirer. Elle n´est plus elle même, elle est comme envahie, comme possédée par une énergie funeste et une forme fantomatique, elle veut s´échapper de l’avion, sortir de là, au secours, elle veut s´enfuir. Elle ne peut plus respirer. Son père et moi ne savons pas quoi faire. Nous sommes surpris. C’est horrible. Les hôtesses nous ordonnent de nous assoir, n’ayant aucune compréhension de la sévérité de ce qui (nous) arrive et nous allons bientôt décoller. Nous la prenons dans nos bras. Nous essayons de la calmer. De nous calmer…Ce premier événement est très violent. Toutes les cellules de mon corps s’en rappellent encore. Les images sont indélébiles. Elles sont tatouées dans mes gènes.

Par la suite, tout déplacement deviendra très compliqué, sinon impossible. Elle ne pourra même plus prendre la voiture…Le retour en Norvège sera incroyablement compliqué.

Je pourrais donc dire ici, qu’un traumatisme subit par la mère à l’âge de 8 ans semble ainsi s’inscrire négativement dans l´inconscient familial, car bien qu’ignorant tout de ce passé, Alfie réagit et agit au même âge par une identification à des évènements douloureux.

Un autre événement important, également non-élaboré, et plus compliqué à élaborer puisqu´il s´agit d´un secret familial que je révèle ici au grand jour, vient poser d´autres hypothèses qui pourraient tout aussi bien être à la source des symptômes phobiques de ma fille.

Une hypothèse n’exclut pas l’autre ; souvent il s’agit d’ un faisceau de divers éléments et de concordances.

A l´été de mes 8 ans, donc, en arrivant à Athènes justement, je subis des attouchements par mon grand-oncle – Vaggelis Stefos – le frère de ma grand-mère maternelle Ioanna (celui-ci est toujours en vie et je lui ai récemment écrit – mais ça, c’est une autre histoire et je suis en train d’écrire dessus. Je publierai sans doute quelque chose bientôt). Cette agression se passe dans l’appartement de ma grand-mère, lors d´une sieste (imposée par elle – pour qu’elle puisse regarder son film de l’après-midi tranquillement), alors qu´elle-même se trouve dans la chambre d´à côté et que les portes sont grandes ouvertes! Mais l’aggression se fait dans les murmures et le son de la TV couvre tout de toute façon.

Et le silence de la culpabilité couvre tout.

La deuxième hypothèse se trame donc autour de l´inceste.

Née en 1921, ma grand-mère maternelle a eu une vie difficile; elle a vécu dans le plus grand dénuement – économique, intellectuel, social, psychologique, et émotionnel. Elle fait partie des échanges de population opérés entre la Grèce et la Turquie. Elle est l´ainée de 16 enfants – dont 9 meurent en très bas-âge. L´effroi des parents, surtout de mon arrière grand-mère, Katerina, mais également je dirais de tous les enfants survivants, et de ma grand-mère en particulier – l´ainée – et tous ses deuils non-faits (à ma connaissance, il n´y pas de sépultures connues) seront transmis tels quels, de petits et de grands traumatismes, des coups de couteaux inscrits dans la mémoire familiale et de ses souterrains émotionnels. Je suppose aussi que toutes ces morts de ses petits êtres sont aussi les conséquences de traumatismes précédents.

En 1947, Ioanna perd son mari engagé comme soldat pendant la guerre civile, la laissant avec deux petites filles (un bébé de 6 mois et ma mère qui a à peine 2 ans). Elle les place alors toutes deux dans un orphelinat. Auparavant, elle avait perdu un premier enfant – un petit garçon mort avant sa première année. Il se raconte aussi qu’elle a dû avoir de nombreux avortements; qu’elle faisait cela seule, à la maison, avec un cintre en fer, laissant ainsi deviner une vie assez mouvementée et/ou de nombreux amants[3]. Elle se ne remarie pas mais se met en couple avec un homme, chef de police, très violent. Peu d´informations sont réellement accessibles sur cette relation, mais la famille a souvent répété que cet homme a été source de nombreux malheurs dans notre famille. Une récente discussion avec ma mère révèle que, alors qu´elle était adolescente, elle fut obligée de « sortir » avec cet homme, par sa propre mère, celle ci la menaçant avec un couteau, et de la tuer, si elle refusait. Sa propre mère! Cet effroyable aveu me fait enfin réaliser dans quel environnement de violence et d´abus ma mère et sa propre mère ont vécu toute leur vie.

En revenant vers ma fille Alfie et ce qui fait symptôme chez elle, il est possible que « sortir » pour elle, soit dangereux ; sortir pour elle est marqué de l´effroi de ce que ses ancêtres maternels ont vécu. Sortir est dangereux. Si tu sors, tu peux mourir. Sortir est aussi l’injonction maternelle envers la fille. Le mot est lourd de sens.

A travers une parole qui paraît (quelque peu) libérée et grâce à un travail analytique intense, d´autres mémoires émergent et se collent les unes aux autres pour pouvoir reconstruire une image familiale un peu plus compréhensible, une image qui fait sens. Ainsi, en retravaillant sur mon arbre familial et en repensant aux jeunes années de ma sœur, j´appose une nouvelle lumière sur un évènement resté jusqu´ici un peu dans l´ombre. Ma sœur, alors qu´elle n´avait que 19 ans, a partagé le même amant que ma mère[4]. Comme ce qui s´était produit dans la génération précédente, mais sans violence cette fois, et de façon soit-disant « naturelle » – le hasard passant par la, la mère passant la main délicatement sans le savoir et sans le vouloir même a sa fille.

En analysant le peu de données que j´ai en ma possession, et en examinant quelques détails -par exemple, la peu de différence d´âge entre la génération des grands oncles et tantes et la génération de ma mère[5] – il y a quelque chose qui se dégage de l´ordre de la confusion et de l´écrasement des générations. Aussi, comme souvent dans les familles ou règne un climat de promiscuité et d´inceste, les informations transmises sont tronquées ou floues ; je suis donc très étonnée de ces reconstructions mentales qui viennent très récemment me donner de nouvelles clés importantes pour la compréhension de certains de nos dysfonctionnements familiaux.

Et comme pour mettre mon intuition à l´épreuve, je présente à mon père une photo où ma mère pose lascivement avec au centre le grand-oncle abuseur. Mon père, qui pourtant a bien connu toutes les personnes présentes sur la photo, me demande pourtant : « Mais qui sont tous ces gens ? Et lui, au milieu, c´est qui? C’est encore un amant de ta mère ? » (Voir photo 1)

Tous ces événements semblent porter une caractéristique commune: ils sont liés à une notion de transgression, de faute morale commise envers autrui ou envers soi-même, et par conséquent ils sont porteurs de culpabilité et de honte.

A travers les secrets, ces comportements semblent immobiliser l´énergie du système familial jusqu´aux générations suivantes – la mienne, celle de ma fille. Les interactions dans la famille deviennent compliquées. Ces difficultés se traduisent par des perturbations nombreuses décrites ici et d´autres conséquences encore difficiles à déceler à travers les générations.

Le réseau enchevêtré par l´incestuel et les proximités très étroites et non différenciée entre les générations font que le passé ne peut pas être intégré.

Photo 1 – Ma mère au milieu pose lascivement près de son oncle au milieu. Son sein pointe vers lui. Et que veut dire cet homme a droite qui le montre du doigt?

[1] Les quelques informations que je peux obtenir sont équivoques mais donnent de fortes indications que la relation était devenue insoutenable ; mon père était très « autoritaire, tyrannique et violent », ma mère était de nature « frivole et peu sérieuse ». Ma mère m´a récemment raconté que mon père a porté « des coups » sur elle. Elle raconte aussi qu´elle a dû être hospitalisée – une fois.

[2] En nous quittant, mon père me souffle à l´oreille « Tu es grande maintenant, surtout fais attention à ta petite soeur, tu es la cheffe de la famille»

[3] Plusieurs indications – par exemple le quartier où elle vivait a Athènes  – donne à penser qu´elle aurait éventuellement pû se prostituer à un moment de sa courte vie. Ce qui pourrait confirmer cette supposition, c´est le fait que ma GMM n´a pas de sépulture. A son décès, elle a été mise dans une «fosse commune».

[4] L´amant (Maurice) avait d´abord flirté avec ma mère. Il est ensuite sorti avec ma soeur. Ils avaient plus de 30 ans de différence d´âge.

[5] Le grand oncle en question ici (abuseur) – toujours en vie – a aujourd´hui 82 ans et ma mère en a 76.

[6] Observons ici que le chiffre 8 est significative dans mon système familial.

*Nicolas Abraham et Maria Torok ont décrit des cas particuliers de deuil impossible qu’ils ont appelés « crypte au sein du Moi ». Les cryptes sont des formes particulièrement dramatiques de perte, liées à deux circonstances : l’objet perdu était narcissiquement indispensable au survivant, et un secret inavouable honteux les liait l’un à l’autre. 

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Life and death dance together

I was born under the dark moon. At night in the hour of the wolf. It was in September. I was finally delivered with forceps in 36 hours in a long and painful cry. My mother was only 21. She thought she would die that night.

Forceps birth

On the next day of my birthday and 54 years later, my father passed. He chose to blend my birth and his death; he chose to make me, from now on, forever, until my own last breath, celebrate my birthday and his deathday together.

Sometimes life is a miracle of what is given and what is taken TOGETHER.

I have witnessed many times how life is magically woven and entangled…..

When I became a mother, my world turned upside down. Some days after I gave birth, I almost died. I got a severe infection and I got rushed into the ER. There was blood in my uterus and I had more than 41 C fever, that would not let go for days. They took my newborn baby away from me. I could not have her in the hospital. I could not feed her. And she was only a few days old. And a sense of urgency permeated. Life and death dancing together again….

In my body, in my bones, I knew I housed the legacy of all that came before me – the trauma the loss the mourning the death the loss. I did not know yet what I was passing on unconsciously and through my body. I didn’t know what was coming. I didn’t know what was written. I did not know what repetitions and paths and loyalties I was secretly following….

Our bodies hold these legacies of trauma and resilience. Our bodies are shaped in multi-dimensional ways extending beyond our personal histories; in ways that speak to all of our entanglements with the vastness of life. And through our bodies a whole world of experience -our ‘personal’ world, the world of our ancestors, the world of the ghosts of our family, the cultures we live in, are recreated. We recreate worlds of meaning and experience through the gestures of every day life.

All these years I have become deeply curious about the secret transmissions. The ones that transpire though you do not know nothing about. Until you realise you knew…

How can we become disruptors and border-crossers, disrupting the legacy and transmission of lines of trauma and heavy stories while supporting the flourishing and proliferation of lines of resilience, reimagination and relationship through the body, through the system….

In 2019 (not so long ago) after many years of research I finally found the death certificate of Patricia Claudine Marianne – the baby of my aunt whose name was pushed into me – as a haunted inheritance. She was of course born in September. Like me. And she died in February. Of course. It made so much sense. I could have died in February 2008 after giving birth to my baby girl.

These stories cannot be invented. They are too powerful and too meaningful to be created or imagined (by any author or writer).

These stories are carried out. Washed out like a tide of truth. And when you understand that, you let go. You know that life and death dance together.

Death certificate of my cousin
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La boîte de Pandore ou la boîte à outil transgénérationnel

Il y a des documents et des papiers que l´on range au fond d´un tiroir ou d´une malle (ou d´un disque dur) et puis on les oublie pendant si longtemps, que lorsqu´on remet la main dessus, ils paraissent ne pas nous appartenir. Ils sont si étranges, si étrangers, si loin de nous. Ils se sont détachés de nos histoires et quand on prend le temps de les regarder, c´est quand comme on rencontre une amie d´enfance, on sait qu´on la connait mais on n´arrive pas à la replacer dans un lieu ou dans un temps… Et puis, si on la regarde un peu plus longtemps, comme une bulle de mémoire, elle explose parfois de (nouveau) sens. Je redécouvre aujourd´hui des dessins qui dormaient dans une liste de mon ordinateur depuis quelques années. Je les regarde avec de nouveaux yeux, avec de la tendresse et de la distance, et j´y trouve de nouvelles informations.

Je ne suis plus tellement sure mais ce dessin a du être produit pendant un stage de psychogénéalogie (de gestalt ou de constellation), où nous devions représenter une scène
dans l´appartement de mon enfance
?

Depuis plus de 20 ans, la psychogénéalogie m´accompagne, me forme (et me déforme!!!) et ainsi, quand je découvre de telles pépites, j´y vois des occasions de percer de nouveaux mystères, d´exporer de nouvelles pistes et de mieux comprendre des parcours de vie. Souvent les transmissions transgénérationnelles ont leur propre sens leur propre cours, souvent elles prennent des chemins de traverse, elles prennent du temps – le temps de la conscience, est long et fougueux. Et les projets conscients et inconscients peuvent venir des années plus tard nous apporter des lumières et des informations incroyables sur les systèmes, sur nos familles, sur nos vies.

A nous d´y regarder de plus près.

Un petit garçon dessine deux ans avant qu´elle ne survienne la mort de son père. A noter : la mort fut violente, accidentelle, sur son lieu de travail – chemin de fer – tous les points d´impact. Dessin réalisé alors que le petit garcon est allongé par terre – c´est le contour de son propre corps.

La psychogénéalogie ou le transgénérationnel, (Je mélange souvent l´une et l´autre alors que ce sont deux facons de travailler assez différentes – mais ceci est dû à ma formation car j´ai été formée dans les deux disciplines) sont manifestement des processus très puissants de développement, de compréhension et de réalisation personnelle qui permet de véritablement d´alléger les blessures du passé et de trouver un fil directeur à son histoire. Connaître et accepter son histoire familiale, clore les tâches inachevées du passé permet de travailler son identité et ce qu’on désire réellement, sans être inconsciemment lié par les schémas et les répétitions familiales.

Dans ce travail essentiel, le processus permet de mettre en lumière des secrets inavouables, des injustices cachées, d´exprimer les ressentiments familiaux, par exemple par rapport à nos parents, à tous nos liens toxiques et ses effets sur le corps, les pertes, les morts, le travail de deuil et tâches inachevées et achevées. Il est un outil exceptionnel pour la compréhension que tout être humain peut changer, qu’il est en marche, comme l´ « allant-devenant » de Françoise Dolto.

Je vous invite ici si vous avez envie de réagir par rapport à ces 3 documents produits, de le faire, de commenter ou de m´envoyer un message. Si cela vous parle…

Représentation graphique de l’histoire familiale. Je retrouve un document du divorce de mes parents. Un cercle autour d´une phrase apparemment importante et mise en valeur par mes soins et surtout je pense “sans d´ailleurs l´autorisation du père

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Sur la peur

Image publiée sur facebook par Pierre

La peur, l’angoisse, le stress et leurs conséquences sont très étudiés sur le plan scientifique en immunologie et aussi en psychopathologie clinique.
La science de l’expérience humaine, première science, ne nous fait-elle pas observer qu’en y ajoutant une dose suffisante d’ignorance (entretenue par le déni de résultats scientifiques avérés et de haute qualité), le simple fait de prononcer les mots magiques d’épidémie et de pandémie, provoque une précipitation fulgurante dans les pharmacies, les hôpitaux, etc., comme des papillons de nuit autour d’un réverbère. La seule différence vient du fait que les papillons, eux, sont attirés par la lumière.

La peur et l’ignorance, savamment canalisées par le grand boulevard médiatique, font penser à l’origine étymologique du mot « contagion », qui, était le nom de la peste au Moyen Âge, transmise par contact obligatoire avec le diable, selon la seule autorité scientifique de l’époque, l’Eglise. Cette grande peur médiévale n’aurait-elle pas aussi été transmise par l’inconscient collectif, de génération en génération, comme si elle était sexuellement transmissible…donc contagieuse…?

N’observe-t-on pas depuis un siècle ce qui pourrait être une sorte de délocalisation du Vatican à L’institut Pasteur? Une sorte de transmutation du diable en microbe pathogène? Et du pape en Louis Pasteur? Et de l’infaillibilité pontificale en vaccinale?

La science, en se dissociant des autres savoirs (philosophie et spiritualité) depuis la création de son académie en 1966, pour fuir le bûcher dont fut victime Giordano Bruno en 1600, ne serait-elle pas aussi dissociée, par voie de conséquence de toute la connaissance, de l’intelligence globale et de la conscience?

Les destructions planétaires massives provoquées par les technosciences dans le domaine de la biodiversité ne donne-t-elles pas une réponse positive au sujet de la séparation tragique entre science et conscience?

Comme le Docteur Rabelais le proclamait, cette séparation ne ruine-t-elle pas l’âme humaine?

Certains diront que tout ceci n’est que philosophie… sans se rendre compte qu’une telle phrase confirme le bien fondé des questions précédentes.

Pierre Etchart (article publié le 3 juillet 2021 sur facebook)

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Lien entre style d’attachement et mémoire émotionnelle

“Je ne parle pas de vengeance ou de pardon, l’oubli est la seule vengeance et le seul pardon.” J.L. Borges-

Les styles d’attachement et la mémoire émotionnelle ont une relation directe. Ainsi, lorsque la figure d’attachement principale d’un enfant (souvent la mère) a été négligente ou perturbée, il risque d’être plus tard rattrapé par des souvenirs douloureux du passé.

Les styles d’attachement et la mémoire émotionnelle entretiennent un lien particulier. Ainsi, par exemple, on sait que les personnes qui ont un style d’attachement anxieux se focalisent souvent sur les souvenirs les plus douloureux de leur passé.

Ils se concentrent sur les blessures d’hier. Elles sont incapables de surmonter la colère ou la détresse engendrée par une figure d’attachement qui n’a pas su répondre à leurs besoins émotionnels.

La théorie de l’attachement de John Bowlby est toujours aussi pertinente aujourd’hui. Grâce à elle, nous comprenons beaucoup mieux le comportement humain. Mais aussi les styles de personnalité et surtout, la qualité – basse ou haute – de nos relations interpersonnelles. Cependant, la façon dont les styles d’attachement et la mémoire émotionnelle sont liés n’est pas souvent abordée. Parlons-en ici.

Réfléchissons un peu. Ce que nous sommes aujourd’hui dépend en grande partie de nos expériences d’hier. En effet, nos interactions avec notre famille et nos proches ont largement façonné notre personnalité. Et, que cela nous plaise ou non ! Nous sommes un peu des petits navires qui naviguent chaque jour dans l’océan de la mémoire émotionnelle.

Avoir un passé rempli de bons souvenirs nous rend plus libres dans notre voyage. Cela nous donne le désir d’aller où nous voulons, en nous sentant en sécurité. Au contraire, le fait d’avoir connu des relations douloureuses, froides ou simplement inexistantes est un poids supplémentaire à bord. Il est impossible d’aller de l’avant parce que notre regard est toujours tourné vers cet îlot du passé où se mêlent frustration, souffrance et problèmes non résolus.

Types et caractéristiques des différents styles d’attachement et de mémoire émotionnelle

Beaucoup de gens sont marqués par la tyrannie de leurs propres souvenirs. Le passé nous modèle, il n’y a aucun doute là-dessus. Mais nous ne devons jamais laisser la souffrance faire de nous des prisonniers. Les victimes d’hier payent une deuxième fois dans le présent.

Les styles d’attachement et la mémoire émotionnelle présentent un lien direct car la qualité de l’attachement détermine en grande partie notre bien-être psychologique. Ainsi, l’étude menée au Département de Psychologie et de Comportement Social de l’Université de Californie fait le constat suivant.

Les différents types d’attachement peuvent même influencer la qualité de notre mémoire. Ainsi, certaines pertes de mémoire peuvent trouver leurs origines dans le style d’attachement. Dans d’autres cas, la personne est prisonnière de certaines images de son passé.

Examinons donc les caractéristiques de chaque style d’attachement et leur relation avec la mémoire émotionnelle.

Le style d’attachement sécure

L’attachement sécure s’apparente à celui où l’enfant sait que ses parents lui donneront tout ce dont il a besoin. Il leur fait confiance parce qu’il sait qu’ils sont disponibles. Lorsqu’il a peur, il sait qu’on s’occupe de lui. Il s’agit donc d’un style d’attachement sain. Ainsi, l’enfant se sent en sécurité pour explorer le monde.

Ce style d’attachement est sans aucun doute associé à de nombreux souvenirs joyeux et à des expériences heureuses. Ce substrat donne corps à une mémoire émotionnelle stimulante et épanouissante qui permet à l’enfant de devenir un adulte mature, indépendant et sûr de lui. Il sera ainsi capable de créer librement son propre présent.

Le style d’attachement anxieux

Dans ce cas, nous avons affaire à un enfant qui se rend compte très tôt qu’il ne peut pas faire confiance à ses parents. Quand il a besoin de quelque chose, ces derniers ne sont pas toujours disponibles. Ils manifestent parfois une certaine affection, mais d’autres fois, ils sont froids et distants.

Ces pères et ces mères alternent entre abandon ou du moins inattention, et sévérité ou contrôle. Tout cela génère des situations contradictoires. Pour ces raisons, l’enfant vit dans un état d’anxiété et d’insécurité permanent. Ils n’ont que peu ou pas de contrôle sur ce qui se passe, et par conséquent, ils ne savent pas à quoi s’attendre. Ils ne savent pas comment gérer cette incertitude. Cela ne génère alors que plus d’insécurité.

Avec ce style d’attachement, la mémoire émotionnelle finit par se focaliser sur certains événements du passé. Par exemple, une fois devenue adulte, cette personne se souviendra essentiellement de ces moments du passé où elle avait besoin de soutien et d’aide, mais sans en recevoir. Ou encore, de ces moments où elle se sentait seule, ou elle avait peur…

La personne “s’attache” ainsi à ces thèmes non résolus et douloureux, dont la colère et la frustration se nourrissent. Ce sont des émotions qui ont tendance à bloquer la personne. C’est pourquoi il lui est souvent difficile de se libérer de tous ces souvenirs, de toutes ces expériences douloureuses.

Le style d’attachement évitant

L’attachement évitant survient lorsqu’un enfant comprend (consciemment ou pas) que son besoin de protection sera satisfait, mais avec indifférence. Éventuellement même avec du mépris. En grandissant, ces enfants vont avoir tendance à devenir autonomes sur le plan affectif.

  • Ainsi, pour ne plus ressentir de blessures, de vide ou de souffrance, ils choisissent de développer un détachement émotionnel qui caractérisera la plupart de leurs rapports avec les autres par la suite
  • Des études, telles que celle mentionnée ci-dessus, montrent qu’il est fréquent dans ces cas-là qu’apparaissent des trous de mémoires et des souvenirs fragmentés. Ainsi, certains épisodes de l’enfance sont gommés ou mémorisés de manière imprécises et floues
  • Il est commun que les personnes associées à ce style d’attachement présentent donc des problèmes de mémoire

L’oubli facilite probablement le détachement émotionnel avec les gens qui les entourent. On peut donc supposer qu’il s’agit d’un mécanisme de défense créé par le cerveau lui même. Il diminue ainsi l’intensité de la souffrance en augmentant son seuil de sensibilité.

Finalement, nous pouvons conclure en affirmant que les styles d’attachement et la mémoire émotionnelle partagent un lien direct. La qualité de nos premières relations détermine la qualité de notre vie émotionnelle actuelle. Ainsi, si notre présent cache un passé traumatisant, il est souvent nécessaire de travailler sur ce passé pour améliorer notre présent.

Apprenons donc à nous libérer de la tyrannie de ces émotions douloureuses qui marquent notre mémoire.

Publié sur https://nospensees.fr/

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Le Saint Sépulcre

Il y a très longtemps je voyageais avec mon amie de toujours Eva Dalak en Israel. Je pense souvent a ce voyage initiatique à tous les niveaux. Aujourd’hui, au cours de ma formation, une journée intense d’apprentissage et de formation (avec Christine Ulivucci) je me suis souvenue de ma visite au Saint Sépulcre dans la chapelle du tombeau du Christ. Le prêtre – ou pope plutôt puisque ce sont des Orthodoxes qui gardent la toute petite chapelle (1) où l’on ne peut entrer que un par un, me donna l’indication d’y entrer après avoir attendu patiemment pour mon tour à l’extérieur. Je ne savais pas ce qui m’y attendait. Je ne suis pas (trop) croyante et cette visite était assez étrange. Un peu plus touristique (a l’époque) que spirituelle.

Le pope me souffla quelques dernières indications : tu entres tu tournes 3 fois autour du tombeau, tu fais 3 voeux pendant que tu tournes – et puis tu ressors aussitot.

Ce que je fis.

Sans trop réfléchir.

Un tour. Deux tours. Trois tours.

Et dehors.

Quand je suis sortie, je me rappelle de mon incrédulité, de ma honte, de ma tristesse et de mon incompréhension quant aux trois voeux que je fis.

«Je veux être riche»
«Je veux être riche»
«Je veux être riche»

Je sais maintenant que mes 3 voeux étaient justes et qu’ils se sont réalisés.

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Les Fantômes Familiaux

«La plupart des fantômes transgénérationnels sont issus de ces traumatismes anciens qui n´ont pas pu être élaborés dans la parole»

Bruno Clavier, psychanalyste et psychologue clinicien tient sa pratique, son enseignement et également son inspiration de Didier Dumas, psychanalyste et écrivain dont il continue l´œuvre à travers le « Jardin d´idées » une association fondée par lui-même et sa femme Danielle Flaumenbaum. Bruno Clavier est l´auteur de deux ouvrages, celui-ci paru en 2013 et un plus récent, intitule «Les fantômes de l´analyste» paru en 2017.

Les Fantômes Familiaux – Psychanalyse Transgénérationelle est un ouvrage concis, rédigé dans une langue très abordable et accessible pour tout lecteur qui souhaiterait comprendre ce qu´est la psychanalyse transgénérationnelle et ce qu´elle peut apporter dans la résolution de certains symptômes chez l´adulte, comme chez l´enfant.

A travers son expérience personnelle et face à son parcours atypique, Bruno Clavier nous raconte dans une introduction très courte de quelques pages ses interrogations vis à vis de la psychanalyse traditionnelle. De façon très franche, il décrit sa méfiance face aux thérapeutes et à la psychanalyse, et comment au départ il ne souhaitait surtout pas être psychanalyste ! Il raconte également qu´il n´envisageait pas d´écrire, l´écriture étant une tache très fastidieuse pour lui. Il s´est donc d´abord formé à la psychogénéalogie et mis en place une pratique faite de protocoles courts de façon à aider efficacement les patients qui souffraient. Puis il raconte comment finalement par la force des choses, il s´est résolu à devenir psychanalyste – et à écrire !

Regroupant les thèmes fondamentaux du « fantôme transgénérationnel » ou « Comment l´inconscient des enfants garde le traumatisme des parents », cet ouvrageprésente de nombreux cas cliniques, auxquels nous pouvons facilement nous identifier. Ainsi sont analysées des morceaux de vies et des traumatismes qui, «reliant psychanalyse et psychogénéalogie, nous invite à la découverte de l´étonnant pays des fantômes familiaux, là où tout ce qui n’est pas dit est répété

Bruno Clavier nous fait entrer dans son cabinet et à l´aide de l´analyse d´événements familiaux, nous le suivons pas à pas dans sa logique de thérapeute afin de mettre en lumière et résoudre ce qui fait symptôme. Il demande d´ailleurs souvent à ses patients de rechercher séance après séance des détails supplémentaires afin de décortiquer morceaux par morceaux, les origines des troubles et des empêchements de chacun des cas exposés.

«Par l´étude de l´arbre généalogique, mis à plat de façon exhaustive, les noms, prénoms, dates de naissance, de mariage, de mort et de traumatismes des aïeux sont autant de traces de ces tremblements de terre originaux capables de provoquer bien longtemps après de véritables tsunamis familiaux.»

Ainsi, le parcours amoureux d´Isabelle est assez compliqué et elle n´arrive pas à être satisfaite avec les hommes qu´elle rencontre. Elle est affectée par un «syndrome du prince charmant» transmis par toutes les femmes avant elle, ce qui ne l´aide pas à s´ancrer dans ses relations ou à être heureuse dans son couple. Cyril lui est un véritable «Don Juan» comme on dit ; il est incapable de se fixer avec les femmes qu´ils rencontrent. Ces deux exemples pourraient paraitre sans doute anecdotiques ou analysés comme symptomatiques de notre époque, s´ils ne portaient pas en eux la véritable souffrance et les stigmates de leur origine : les secrets transgénérationnels non-élaborés et l´absence de transmission féminine/masculine dans notre société.

Le cas d´Evelyne est aussi très révélateur: enfant, elle a subi un inceste. Bruno Clavier nous démontre à travers des détails très précis que ce qu´il se passait dans cette famille – par exemple les portes ouvertes quand les actes se perpétuent, les fessées données aux enfants nus, mouillés, dans la salle de bain, toutes ces violences ordinaires et extraordinaires – sont absolument le signe d´un total disfonctionnement qui peut avoir des conséquences terribles pour des générations entières ou se transmet l´inceste de façon insidieuse. L´inceste induisant souvent l´incestuel, et l´incestuel fabriquant l´inceste, nous apprenons également qu´à travers ces incestes, il est souvent question de mort.

«C´est en réalité bien plus la question de l´angoisse de mort et du deuil impossible qui est sous-jacente à celle de l´inceste. Si un père, par exemple a des rapports sexuels avec sa fille, il en fait sa femme, elle n´est donc plus sa fille. S´il n´en est plus le père, il n´est plus mortel puisqu´avoir un enfant, c´est accepter qu´une génération nous succède et c´est se préparer symboliquement à mourir. L´inceste provoque un écrasement des générations. Au-delà des traumatismes sous-jacents, il est avant tout une tentative de réassurer et d´assurer illusoirement vie au parent face à son angoisse de mort. Il s´agit d´un retour en arrière.»

Ce qui semble fondamental pour l´auteur, et cet ouvrage le démontre parfaitement, c´est la résolution rapide, surtout avec les enfants, des symptômes de ces patients. Il reprend à plusieurs reprises l´image de la «patate chaude» que les thérapeutes utilisent souvent pour parler des non-dits et des secrets que l´on se repasserait de générations en générations. Bruno Clavier va lui plus loin et rectifie l´image, en décrivant ceci plutôt comme une «grenade dégoupillée qui peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu´à ce qu´elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles.» 

Cet ouvrage est très riche d´exemples d´histoires d´enfants reçus en consultation avec leurs parents, et qui présentent des symptômes parfois très graves, tels que des autismes, des psychoses, ou bien des retards de développement, des obsessions ou des angoisses. C´est souvent à l´aide de dessins (que les enfants posent dès la première séance) que la clé inconsciente intervient et aide à décoder les traumas. Par exemple, les phobies des aiguilles et des médicaments d´un enfant de 6 ans qui revit dans ses angoisses les avortements de ses ancêtres, et la fausse couche de sa mère.

«Cette phobie correspond bien à ce qu´en avaient dit Nicolas Abraham et Maria Torok: toute phobie est liée à un fantôme c’est à dire quelle vient inscrire son origine soit dans un secret soit dans un traumatisme situe à une génération antérieure.»

Ainsi, la guérison, après uniquement quelques séances, de Luc un petit garçon constipé qui se retenait pour ne pas faire mourir (à nouveau) son père n´en est pas moins spectaculaire.

«Luc s´était donc fait une sorte de tombe intérieure, dans son ventre, a l´image de celle dans laquelle reposait son père, dans laquelle il tentait de conserver le plus possible ses excréments comme pour les garder vivants.» 

Ce qui est vraiment fascinant dans cet ouvrage, c´est la façon que l´auteur a de nous mener subtilement dans la logique transgénérationnelle, à la recherche d´indices et en suivant un cheminement bien précis vers une interprétation plausible et rationnelle; il défait ainsi le fil de sa pensée en nous donnant des clés de compréhension pour la résolution des symptômes et ceci, pas à pas, non sans parfois nous en montrer les difficultés et les possibilités de fausses pistes. Il nous montre également de façon humble et justifiée, les limites de l´analyste.

«Cette communication inconsciente originaire fait que la relation entre l´analyste et celui qu´il reçoit peut confondre ainsi les espaces psychiques et corporels de façon étonnante. Cela va au-delà de ce que la psychanalyse nomme le contre-transfert, la réaction intime de l´analyste face à celui qu´il reçoit: il peut devenir l’autre et l´autre peut devenir lui.»

Dans la dernière partie, Bruno Clavier se penche sur trois personnalités importantes du XIX siècle: Rimbaud né en 1854, Van Gogh né en 1853, et Freud en 1856. L´auteur tente d´ouvrir de nouvelles fenêtres d´exploration sur leurs vies, pourtant bien connues et sur lesquelles de nombreux ouvrages ont été consacrés.

A travers l´analyse très détaillée et précise de leurs arbres familiaux et des relations qu’ ils entretenaient avec leurs parents et les autres membres de leurs familles, les pertes traumatiques et les évènements dramatiques, nous allons là aussi à la rencontre de nombreux « fantômes familiaux qui ont été à l´œuvre dans ces trois histoires de vie ».

Patricia Canellis

Novembre 2018

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Répétitions dans l’Arbre généalogique ou Le Fantôme Transgénérationnel.

Toute émotion violente, crée des scénarios dans la descendance appelés : répétitions, loyautés, réparations, dettes dites transgénérationnelles. Toute émotion négative “grave”, importante, non pacifiée, peur, chagrin, rupture, culpabilité, conflit, perte réelle ou symbolique, ressenti d’exclusion, d’abandon, de trahison…et, en même temps, le “scénario” qui a généré cette émotion, créent comme une onde vie parcourant la descendance et s’intégrant chez l’un ou l’autre membre,

-mettant en place un scénario analogue

=> répétition (ou loyauté transgénérationnelle)

-générant exactement le contraire comme pour casser le scénario

=> réparation (ou mission transgénérationnelle)

imposant sa loi à l’organisation familiale plusieurs générations après, distribuant les rôles chez les descendants

=> dettes transgénérationnelles (on dit aussi “balance des comptes)

-bloquant l’élan de vie harmonieuse dans les générations futures.

Ces faits se passent dans des configurations temporelles (âges, dates, cycles) et spatiales (configurations géographiques, ou de lieu, réelles ou symboliques), similaires ou analogues à celles de l’événement et l’émotion du passé non pacifié.

Pour expliquer ces phénomènes, les psychiatres évoquent l’inconscient individuel et familial, certains scientifiques les fractales (théorie du mathématicien Mendelbrot), ou la théorie de l’hologramme, les champs morphogéniques, la biologie… plus récemment preuve scientifique a été apportée de la mémoire de ces traumas transmise par les gênes, et dans l’ADN (2 et 3 générations en aval pour la violence chez une lignée de femmes, de mères en filles par ex… ou chez les descendants de la Shoa).

Il semblerait que, au cours d’une action ou d’un moment de vie, une ou des personnes de la famille contemporaine, manifestent ces mémoires, soient l’objet d’émotions à cause ou non d’une contrariété,
comme si, à ce moment là, ou/et dans ce lieu là, il y avait un ancrage de la perturbation très ancienne d’un aïeul qui ne s’était jamais consolé ou guéri, …..une manifestation comme une mémoire ainsi installée dans les infra-structures psychiques et corporelles de certains descendants,
mémoire ayant emmagasiné l’événement, le temps, l’espace – l’événement comme des marqueurs, marqueurs développant une manifestation réelle ou symbolique à des moments T et/ou dans des lieux ou circonstances L ressurgissant dans la vie des descendants.

En fait il pourrait être utile de comparer cela à une piste de disque rayé.
Je fais souvent appel à ces métaphores : tout se passe comme si une représentation du temps (date, cycle, durée) s’était crispée et une représentation de l’espace (noms de lieux perso, prof, géologique…) s’était cristallisée a partir de l´émotion générée par un evenement X ou Y.

La nature même de l’événement X ou Y avait un sens, la perturbation l’a détourné, et c’est aussi bien l’événement que son détournement qui semblent poursuivre la route dans le grand fleuve familial, à des moments clé répétitifs dirait-on, produisant des redites évènementielles appelées répétitions, ou continuation de situations inachevées, dans la vie d’un ou des descendants .

C’est ce que l’on appelle, dans le jargon psycho-généalogique, un “fantôme transgénérationnel”, manifesté dans le courant du temps par de nombreux symbolisés, et repérable dans des répétitions de dates, d’âges, de cycles, d’une génération à une autre.

pour l’instant, sommairement on peut dire que le fantôme transgénérationnel se retrouve dans la plupart des problématiques récurrentes qui font le quotidien de la vie, sur les segments de conduite d’échecs ayant trait a la profession, l´affectif, la santé, l´argent
ou provoquant des maladies toujours à des dates répétitives du scénario ayant bloqué l’énergie dans l’ascendance.

Lorsque l’émotion est positive, et est ressentie comme telle, comme une naissance attendue, des amours formidables, l’événement est bienvenu, et il est rare, et c’est très dommage, que l’on fasse un lien de la projection du passé sur la situation actuelle, comme un hommage à ce qui est aussi un peu de nous.

La vie n’est pas une suite d’actes, de choses! C’est un ensemble d’organisations intérieures et extérieures à soi, toutes interdépendantes, interactives, reliées aux êtres, aux choses, ayant fabriqué ou fabriquant des expériences connues, inconnues, vécues dans notre Arbre dans le contexte de chaque époque, social, économique, culturel, historique, spirituel….

Noëlle Le Dréau
Auteure de “Renaître avec la psychogénéalogie : Les clés du décodage familial de l’inceste”

Photos familiales – personnelles.
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L’étranger, ou l’ailleurs.

Mon grand-père paternel est décédé à Paris dans le 9eme, au 44 rue Taitbout à 9 heures du matin, le 1er mars 1947. Il était en train de se raser, quand soudain, il s´écroule sur le sol de la salle de bain, le rasoir encore à la main. Mon père était déjà à l´école. A peine installé à son pupitre, le principal du lycée serait venu le chercher en lui demandant de rentrer au plus vite à la maison. Ce matin-là, mon père va vivre sans doute son premier grand traumatisme ; il a á peine 11 ans. Les pompiers et l´équipe médicale tentent de secourir l´homme de 54 ans qui saigne abondamment – est-ce sa joue tailladée par le rasoir, ou son nez cassé par la chute sur le lavabo ? Tout sera mis en œuvre pour le ranimer, mais Anastase décède ce matin-là d´une embolie artérielle.

Dans le «Décodage biologique des maladies» Christian Flèche répertorie ainsi l´embolie: « Conflit de territoire. Le thrombus est un amas de sang agglutiné -l´embole- qui représente tous les liens du sang. Lorsqu´il y a amas de plaquettes, un amas de sang, c´est toute la famille qui est là. Mais elle est dans les artères, elle a migré.» Les mots conflit/territoire/liens du sang/migré ainsi que la formulation « c´est toute la famille qui est là » résonne de façon tout à fait particulière en moi et c´est en me basant sur ces mots que je voudrais élaborer quelques hypothèses autour de cette mort soudaine, assez jeune, de mon grand-père.

En 1914-15, alors âgé de 23 ans, Anastase et ses deux frères Georges et Leonidas vivent en Grèce. Ils rêvent d´Amérique. Quand l´opportunité se présente, ils embarquent sur un paquebot en espérant atteindre Ellis Island. Mais faute d´argent, ils devront se contenter de Marseille, brisant ainsi leurs rêves d´Amérique et leur construction intérieure d´un meilleur « ailleurs ». Après un bref passage dans une usine d´armement (MAS) à Saint Etienne, Anastase monte à Paris, et devient tailleur comme de nombreux immigrés grecs de cette génération. Il créé sa famille, épouse Cléopâtre, grecque, elle aussi; ils ont deux enfants. En 1944, ils acquièrent un très grand et bel appartement qu´un Juif, Mr Haas, aurait “laissé” pour partir vivre aux États-Unis. Bien que ce soit l´information transmise par un discours officiel et unique, je doute depuis de nombreuses années sur l´origine de cette acquisition, qui me met toujours très mal à l´aise. Je comprends néanmoins que ce soit la seule information possible, et qu´elle a sans doute permis à mes grands-parents de « vivre avec » et de « vivre dans». Mais pas pour longtemps ! J´y vois également la trace d´un conflit psychique qui pourrait tout à fait être la source même de la mort de mon grand-père. Non seulement n´atteindra-t-il jamais son rêve d´Amérique (alors que M. Haas l´aurait atteint lui?) mais peut-être revivra-t-il dans son cœur, et dans ses artères, le souvenir/la sensation de la déportation (et probablement la véritable raison du départ de M. Haas) de ses ancêtres grecs de Turquie, eux même déportés/échangés/expropriés –et « c´est toute la famille qui est là » ! Comment vivre après cela, comment être libre de cette histoire là?

Dans notre corps, le cœur est le territoire central. Les artères et veines sont le retour vers le cœur, vers le territoire, le foyer, la maison. Et quand je ne peux pas retourner à la maison…je meurs. Au-delà des symboles et des rêves impossibles ou inatteignables, il y a aussi dans cette vie et dans cette mort, le symbole du père qui disparaît précocement, et qui finalement par ricochet et pour la réalisation psychique de mon propre père sera toujours “l’étranger”, symbolisant “l’ailleurs”, le temps perdu des rêves d’enfance.

Un constant aller-retour entre dualité et fixité.

Les Jumelles

Ma mère est peintre. Dans son art (figuratif), elle peint beaucoup de portraits de femmes. Souvent, ce sont deux femmes qu´elle peint. Elle donne à ses tableaux des titres assez génériques ; «deux sœurs » «les jumelles» «les parisiennes». Elle les peint parfois tellement proches les unes des autres que l´on dirait deux siamoises, collées l´une à l´autre par les cheveux ou par la paroi invisible d´un carrousel. Je me suis souvent interrogée sur cette dualité, cette double identité, sans jamais en comprendre véritablement ni l´origine, ni la symbolique que ces femmes pourraient porter en elles.

Jusque mes 20 ans à peu près, nous fêtions l´anniversaire de ma mère tous les 23 juin. En faisant des démarches administratives, elle découvrit un jour des documents attestant qu´elle serait née le 12 juin 1945. Au lieu d´adopter cette dernière date ou de la rejeter, elle gardera (volontairement) ses deux actes de naissances et ses deux identités – l´une sur ses papiers français et l´autre sur ses papiers grecs. Ceci pourrait paraître anecdotique, si cette ambiguïté entre une identité et une autre, entre un pays et un autre, ne venait placer ma mère dans une sorte mouvement de balancier hypnotique – et parfois même assez hystérique !

Ma mère est née à Athènes. Très tôt dans sa vie, elle vivra trois traumatismes importants : 1) Sa mère perd son premier enfant et l´enfante dans un chagrin absolu et un deuil impossible – elle est donc enfant de remplacement 2) Elle perd son père alors qu´elle n´a que deux ans 3) elle est internée dans un orphelinat à 6 ans. Il est donc déjà question, comme ci-dessus, de duos idéalisés, impossibles ou brisés ; tout d´abord avec un frère inconnu qui la précède, ensuite avec un père qu´elle ne connaitra jamais, et puis finalement avec sa mère qui l´abandonnera et qu´elle rejettera jusqu´à sa mort.

En 1964, elle rencontre mon père et quitte la Grèce afin de s´installer en France et y fonder sa propre famille. A partir de ce moment, va s´enclencher un mouvement d´aller-retours incessants entre la France et la Grèce ; une première fois pour fuir un mariage malheureux, une seconde fois pour fuir le quotidien devenu trop pesant, une autre fois encore pour fuir une dépression naissante, installant de façon presque maniaque le déménagement comme solution d´un meilleur ailleurs.

L´événement le plus marquant de la vie de ma mère (son internement dans une institution qu´elle décrit elle-même comme un abandon atroce) me fait comprendre que sa frénésie de mouvement marque son refus d´être abandonnée. Il est vrai qu´en bougeant tout le temps, (et en ayant deux passeports !), elle ne peut pas être « enfermée » ! Mais en bougeant ainsi tout le temps, ne créé-t-elle pas une autre forme d´enfermement, une forme d´homéostasie, qui ne lui permet ni d´évoluer, ni de s´ancrer? Ne s´est-elle pas elle-même enfermée dans un système perturbé, bloquée dans sa petite enfance, à l’âge où les graves manquement de sa mère la marqueront à jamais et crééront une irréparable faille narcissique ?

Entre dualité et gémellité, les peintures de ma mère, créations inconscientes d´un trauma infantile, expriment invariablement tableau après tableau, des duos féminins idéalisés, des identités dédoublées, marquant symboliquement son aliénation et son incapacité individuelle à devenir actrice d´une véritable construction identitaire dans l´espace ou dans le temps.